Littérature grecque cherche lecteurs européens…
Par Loreleï le mardi, mars 25 2008, 17:21 - Lien permanent
En tant que gourmande de livres, et aussi et surtout de littérature grecque, je ne pouvais passer sous silence deux articles parus dans l’édition en ligne du journal Kathimerini qui opposent deux visions de l’état de la diffusion de la littérature grecque à l’étranger.
La première (voir article) est liée à la présence grecque au 28e salon du livre de Paris qui vient de se terminer. La journaliste, Olga Sellas, attaque violemment la politique culturelle de la Grèce dans le domaine de la promotion de sa littérature. Elle n’hésite pas à dire qu’elle est “dépourvue d’objectifs, dépourvue de direction et dépourvue de programme à long terme”, concluant sur “l’absence de stratégie pour le livre à l’étranger”. En effet, la Grèce est présente dans de nombreux salons du livre en Europe (et la journaliste de citer Londres, Leipzig, Chypre, Bologne) et hors Europe (Istanbul, Saint-Pétersbourg, New York), mais cette participation doit être approuvée par le ministère de la culture, lequel a parfois donné son accord très tardivement (quelques jours avant le salon de Paris, par exemple), voire a annulé la participation alors que tout était déjà organisé, les billets d’avion réglés, la location des stands confirmée… ou encore a approuvé le budget demandé, mais ne l’a jamais fourni ! Rien n’est dit dans l’article sur la façon dont se sont financièrement réglés ces changements d’orientation de dernière minute, mais les montants indiqués sont loin d’être insignifiants…
L’article se poursuit avec des questions accusatrices: comment sont choisies les différentes expositions littéraires et éditoriales auxquelles la Grèce participe? Les buts dans lesquels elle y participe sont-ils clairement définis ? Quelle coordination existe-t-il entre les trois composantes du comité présidant à ces participations (ministère de la culture, fédération des éditeurs et libraires de Grèce, centre national du livre grec)? Et, finalement, pourquoi dépenser tant d’argent dans de telles participations (50 000 euros pour le salon du livre de Paris) quand aucun soutien continu n’est apporté aux travaux de traduction que la promotion de la littérature grecque à l’étranger nécessite ? C’est bien ce qui est souligné dans cet article: la présence de la Grèce dans ces salons du livre n’est accompagnée d’aucune campagne ni publicité en direction d’éditeurs nationaux que pourraient intéresser des traductions d’oeuvres grecques.
Même si les enjeux sont différents, le correspondant du même journal à Moscou (voir article) fait état, lui, des nouvelles traductions de grands poètes grecs parus en Russie: l’ensemble de l’oeuvre poétique d’Odysseas Elytis (1911-1996), prix Nobel de littérature en 1979, vient de paraître en russe. De même, le public russe va bientôt pouvoir lire l’ensemble des poèmes de Constantin Kavafis (1863-1933). Ces éditions sont le fruit du travail du département de philologie byzantine et grec moderne de l’université Lomonosof de Moscou, qui prévoit encore d’autres parutions de traductions de textes grecs vers le russe. Parallèlement, la Grèce sera à l’honneur d’une revue littéraire russe, “Littératures étrangères”. Tout va donc très bien dans l’univers de la traduction et de la diffusion internationale des oeuvres littéraires grecques? Je relève tout de même une petite phrase dans cet article plutôt enthousiaste: “Souhaitons simplement que le gouvernement grec continue à soutenir cette initiative éditoriale (…)”. Pourquoi, quelqu’un aurait-il des doutes?
Mais que cela ne vous empêche pas, au contraire, de dévorer les oeuvres grecques traduites en français !
Commentaires
Eh bien, eh bien ! Ma foi, pourquoi pas se lancer à la découverte de la littérature grecque !
Mais... Ah, j'ai honte ! Mon dieu, je pense que mes connaissances en la matière sont un peu dépassées : Homère, Sappho, Hésiode...
Quelques conseils peut-être ?
D'avance "efharisto" !
NON,les classiques ne sont jamais dépassés mais il vous faut vous pencher sur:
Nikos Kazantzakis
Georges Séféris
Odysseus Elytis
Rea Galanak
Thanassis Valtinos
le plus difficile c'est que si vous ne lisez pas dans le texte, le marché du livre grec traduit est assez confidentiel tout au moins ici dans la capitale de l'europe
avec l'espoir de vous lire
Philika
J'en profite (très tardivement, je m'en excuse) pour ajouter quelques titres grecs que j'ai moi-même savourés en français:
- Eugenia Fakinou, "La septième dépouille", éditions Climats, collection Agora: un récit moderne et néanmoins mythique, qui revient en filigrane sur la "catastrophe" d'Asie mineure
- Dido Sotiriou, "Terres de sang": magnifique roman sur cette même "catastrophe" d'Asie mineure, qui dépeint la façon dont les Grecs et les Turcs vivaient ensemble avant la guerre des années 20.
- Ménis Koumandareas, "Le beau capitaine" et "La verrerie", éditions Le serpent à plumes, collection Motifs: sur fond de peinture de la société grecque des années 60 et 70, des destins individuels émouvants, rédigés avec une écriture très réaliste.
- Thanassis Valtinos, "Eléments pour les années 60": très intéressant roman polyphonique (à partir de courriers de lecteurs, d'émissions de radio...) pour appréhender les mutations de la société grecque dans les 60's, en particulier des las campagnes grecques.
- Theodoros Grigoriadis, "La loque", AlterEdit: toujours dans les années 70, à Thessalonique, le parcours d'un étudiant qui suit un étrange personnage travesti et s'installe avec lui dans un hôtel abandonné. Pour ceux qui aiment l'insolite, les ambiances lugubres et fascinantes des quartiers balkaniques de Thessalonique et le thème du passé trouble, ce roman est idéal.
- enfin, une traduction de l'italien, mais qui permet de se replonger dans les classiques: Alessandro Baricco, "Homère, Iliade": il s'agit d'une réécriture moderne du poème épique, avec un parti pris contestable mais intéressant: le romancier a éliminé les dieux de toute l'histoire. Le livre se présente comme un roman contemporain, et permet de revivre les principales scènes de l'Iliade dans une prose plus proche de nous.
N'hésitez pas à conseiller d'autres titres, à l'occasion !
Bonjour à tous!
J´ai lu un très bon polar grec de Petros Márkaris: ""Journal de la nuit". Je vous le recommande. P. Márkaris a publié d´autres romans policiers mais je ne sais pas s´ils ont été traduits en français.
A bientôt!
D'abord félicitations - syncharistiria si je me souviens bien - pour ton blog vraiment très intéressant, Lorelei !
A Paris, on trouve une bonne sélection de littérature grecque moderne (traduite) dans la librairie La Compagnie, rue des Ecoles, près de la Sorbonne, si je peux en faire la publicité ici. On peut même commander sur leur site...
Un livre récent facile à lire et traduit en plusieurs autres langues européennes : Apostolos Doxiadis, "Uncle Petros and Goldbach's Conjecture", ou bien : "Oncle Pétros et la conjecture de Goldbach", qui n'intéressera pas seulement les matheux.