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Une invitation à découvrir les informations et analyses proposées par la presse grecque !

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12

08

2008

Attention, touristes ! ou : Touristes, attention !

En cette période estivale, revenons à l'un des aspects majeurs de la Grèce contemporaine: le tourisme. On ne sait plus ces derniers jours si les touristes doivent craindre la Grèce ou la Grèce ses touristes. Le pays a développé une industrie de tourisme de masse, dont elle retire un bénéfice économique certain – ce secteur d’activités est une source essentielle de revenus nationaux qui emploie près de 10% de la population active en été. Pour cette réussite, des villages de vacances et des hôtels se sont construits sur les bords de mer, défigurant pour longtemps les côtes et transformant de charmantes zones rurales en bruyants complexes hôteliers l’été et en villages fantômes l’hiver. Mais d’autres conséquences se font jour.

terrasse

Destination prisée des jeunes touristes britanniques, la Crète est l’objet de plusieurs articles cette semaines, qui rapportent la teneur des nuits crétoises, en particulier dans deux îlots du tourisme, la Chersonnèse et Malia: “Un Hollandais a plongé hier du balcon de sa chambre d’hôtel, un couple de touristes a été arrêté alors qu’il se livrait à des étreintes érotiques devant un poste de police en Chersonnèse, de jeunes Britanniques ont blessé une femme à Malia en lui jetant une bouteille, une Britannique est tombée de son scooter en se blessant gravement, pendant que des gangs de jeunes gens ivres ont réveillé les habitants par leurs cris, tout en déambulant nus; ils ont semé la pagaille et ravagé leurs chambres d’hôtel…” Ces scènes d’orgies décrites dans le journal crétois Nea Kriti semblent être le quotidien estival de ces deux villages touristiques, dépassés par l’afflux de groupes de jeunes européens. Ces touristes sont conduits ici par des agences de voyages très ciblées qui promettent “des vacances-loisirs sans limites” à leurs clients, pour moins de 200 livres-sterling la semaine. Vraisemblablement choquée par la répétition de scènes similaires, la rédaction du magazine Patris, qui paraît aussi en Crète, a mené l’enquête dans le monde de la nuit crétoise, et le rapport est affolant: “A une heure moins vingt du matin, sur la route principale de Malia, cinq bus de tourisme s’arrêtent. En descendent plus de 250 jeunes Britanniques, filles et garçons, âgés de 17 à 22 ans au plus. Ils sont sous l’emprise de l’acool, chantent et sont surexcités. Sous la conduite d’un étranger de 25 ans ils sont conduits sur le boulevard de … la débauche où ils vont s’amuser dans certains bars déterminés à l’avance.” Si l’on met de côté le vocabulaire moralisant employé par les auteurs de cet article, on comprend qu’il met l’accent sur un point essentiel du fonctionnement de ces vacances “mer, alcool, sexe”: une organisation qui prend en charge les estivants en leur fournissant non seulement un hébergement, mais surtout des fêtes non autorisées où on sert un alcool vraisemblablement frelaté, puis les guide après minuit “comme des troupeaux”, dans des bars avec lesquels ils ont passé des accords. Là encore, l’alcool coule à flot, mêlé à d’autres substances. Les cocktails vigoureux (surnommés ‘bombes’) servis à un euro dans ces lieux, sont mis en cause dans la série d’incidents qui ont jalonné jusqu’à présent la saison touristique. Mais ça ne peut être la seule explication. Dans le magazine Patris, les questions sont légion: “Qui sont les fautifs et qui sont les victimes, qui sont les instigateurs de cette situation déplorable ? Qui tire les fils et profite de ces touristes – des lycéens !- qui se transforment en monstres ?” A vrai dire, quelques réponses sont apportées, un peu douteuses : “Au premier plan, des Albanais et des Bulgares, dans le rôle de barmen, de videurs et d’hommes de main; en coulisse, des Russes caucasiens qui infiltrent les places et qui, selon le témoignage de propriétaires d’établissements classiques et sans histoire, prennent un pourcentage sur les revenus des autres.” Aucun Grec dans ces affaires sordides? Qui pourtant a souhaité et développé une telle forme de tourisme qui rapporte aussi gros ? Car si quelques gérants de bars et de boîtes bien établis demandent qu’on expulse de la région les Britanniques de ce genre, la majorité des commerçants n’a plus que ses yeux pour pleurer: “Si eux aussi s’en vont, nous sommes morts. On sera obligé de retourner travailler dans des hôtels mieux cotés.” La situation est peut-être symptomatique d’un tourisme grec en déclin. Les limites du tourisme de masse sont-elles en train d’apparaître ?

En tout cas, la rumeur des nuits chaudes de l’île a atteint l’étranger, car le Daily Mirror, le Guardian et même le Times se sont fait l’écho de ces événements estivaux considérant les lieux de tourisme grecs comme les plus dangereux d’Europe. Un rapport du Foreign Office fait état de 230 arrestations de sujets britanniques en 2006-7 en Grèce, 603 hospitalisations suite à une consommation excessive d'alcool et 28 viols de jeunes Britanniques... (voir Kathimerini)

Malheureusement, la tragédie de Mykonos renforce cette mauvaise impression. Un Australien de 20 ans a été tabassé à mort fin juillet sur l’île la plus prisée des Cyclades pour être, semble-t-il, sorti d’un bar en compagnie d’une jeune fille qui jouait le rôle de “raccoleuse” pour l’établissement. L’auteur des coups de matraque dont est mort le jeune homme est un videur de boîtes de nuit déjà connu par les services de police pour des faits similaires à Athènes, rapporte To Vima. L’affaire soulève l’émotion, bien sûr, et plusieurs problèmes: d’abord le manque de centres de soin adaptés sur une île aussi peuplée en été qu’est Mykonos. Le père de la jeune victime pense que s’il y avait eu des services de santé mieux organisés à Mykonos, son fils ne serait peut-être pas décédé (voir article dans Ta Nea). Par ailleurs, le journal Ta Nea prend cette affaire pour point de départ d’une enquête effarante sur les conditions de recrutement des videurs de bars et de boîtes en Grèce. Généralement repérés dans des gymnases et des écoles d’arts martiaux, ils se divisent en trois catégories: ceux qui contrôlent les entrées, ceux qui interviennent lors de bagarres dans l’établissement pour ramener le calme (et expulser les trouble-fêtes), et ceux qui sont, littéralement, des hommes de main des patrons de boîtes, et à ce titre doivent tout faire pour leur protection et le développement de leurs affaires… Au menu de leurs missions: “extorsion d’argent, vente de drogue, tentatives d’intimidation, incendies d’établissements ou de voitures”. L’un de ces ‘employés’ interrogés par le journaliste conclut: “Un homme qui se débrouille bien peut facilement devenir un ‘parrain’ et ensuite il termine mort”. Les réglements de compte entre ‘parrains’ seraient en hausse en Grèce ces deux dernières années.

Les affaires de Crète et de Mykonos sont déconnectées. Mais on ne peut s’empêcher d’y voir simultanément comment fonctionne l’industrie du divertissement et à quel prix il est devenu un secteur économique de poids en Grèce.

06

08

2008

Rapports de (bon ?) voisinage

Les rapports Grèce-Turquie ont toujours été complexes et marqués par l’Histoire. Le mois de juillet a vu les journalistes grecs se pencher sur le sujet de leur imposante voisine, avec des perspectives différentes. rotonde Déjà début juillet, les journaux grecs s’intéressaient particulièrement à l’arrestation en Turquie de 21 personnes soupçonnées d’être activement liées à l’organisation Ergenekon. Cette organisation, accusée de préparer un coup d’état et des assassinats politiques pour déstabiliser le pays (voir article), est décrite dans un article publié dans Eleftherotypia du 06 juillet comme un ensemble de “nationalistes fanatiques, de militaires, mais aussi de bons citoyens bien en vue, et d’hommes d’affaires. L’organisation prévoyait des attaques à la bombe, des assassinats et d’autres actes de provocation, lesquels seraient attribués à des groupes islamistes ou des Kurdes afin de faciliter le recours à l’armée.” (voir article). L’article dresse par ailleurs un tableau inquiétant de la place de l’armée dans la société turque, en citant un texte de l’Etat-Major (paru récemment dans le journal turc Taraf) recommandant d’approcher les universités, les présidents de tribunaux, la presse, les artistes susceptibles de faire évoluer l’opinion publique afin que “leur action soit alignée sur celle des forces armées”. La presse grecque ne peut s’empêcher de voir un lien entre ces arrestations massives et la menace d’interdiction qui plane sur le parti du Premier Ministre Erdogan, l’AKP, pour “tentative d’instauration de la loi islamique” dans le pays. La classe politique est dans l’attente du verdict de la Cour constitutionnelle qui doit ou non confirmer cette interdiction. Si l’on croit, avec Eleftherotypia, que “la Cour constitutionnelle turque, qui a déjà à son actif la dissolution de 24 partis, obéit aux forces armées, lesquelles ont jugé peu élégant de descendre dans la rue avec les tanks, comme elles l’ont déjà fait à quatre reprises jusqu’à aujourd’hui”, les arrestations parmi les militaires seraient donc une réaction anticipée au verdict de la Cour.

Quelques jours plus tard, la situation en Turquie inquiétait de nouveau les journaux grecs : un attentat contre l’ambassade des Etats-Unis à Istanbul faisait 6 morts et 3 blessés. Aux questions : “Qui étaient les auteurs de l'attaque ? Que voulaient-ils?”, les réponses divergent. Le lien avec l’affaire Ergenekon est vite venu à l’esprit, mais les autorités de la sécurité turque ont évoqué un attentat-suicide. Des journalistes et des responsables politiques ont parlé d’Al Qaïda, mais le faible équipement en armes et le fait qu’il n’y ait pas eu explosion de bombe (et donc pas de massacre de civils), rendent les spécialistes sceptiques. Le maire d’Istanbul a d’abord assuré que les terroristes étaient des citoyens turcs venus du Sud-Est du pays, laissant penser qu’il pourrait s’agir de Kurdes. Plus tard, des rumeurs en faisaient des porteurs de passeports syriens. Finalement, il semblerait que les trois hommes tués étaient deux Turcs et un étranger (avec passeport syrien), et que l’attaque visait avant tout l’ambassade des Etats-Unis (voir article 1 et 2). Néanmoins, les divergences d’opinions publiques déclarées laissent deviner à quelles récupérations politiques ces attaques ont donné lieu.

La même dangereuse imprécision a prévalu lors de l’attaque terroriste survenue dans la même ville le 27 juillet au soir. Le Premier ministre Erdogan aurait d’emblée incriminé les indépendantistes kurdes, lesquels se défendent d’être impliqués dans l’attentat. Lors des cérémonies de funérailles des victimes de l’explosion, de jeunes gens auraient scandé “Allah est grand” et montré le poing en criant des slogans nationalistes... Les Grecs s’inquiètent beaucoup des conséquences de ces attentats à répétition. On pouvait lire dans ''To Vima'' du mardi 29 juillet que “la Turquie, plongée dans l’incertitude politique dans l’attente du verdict de la Cour Constitutionnelle (…), ensanglantée par le massacre d’Istanbul, doit affronter le spectre d’une instabilité pouvant la mener à l’explosion”; le 29 juillet encore, le journal Apogevmatini titrait en une: “la Turquie: un volcan prêt à exploser”. Beaucoup d’articles soulignent à quel point cette instabilité politique éloigne le pays d’une intégration à l’Union européenne.

Pendant ce temps, la présence turque en Grèce fait aussi parler d’elle. La partie la plus orientale du pays, la Thrace, comporte en effet une minorité musulmane d’origine turque numériquement importante; cette situation est le résultat des échanges de population opérés dans les années 20. Or, depuis quelques temps, les autorités turques s’intéressent de plus en plus à ces populations qu’elles visitent régulièrement. Le 24 juillet, ''To Vima'' annonçait l’arrivée prévue à Xanthi (Grèce) de 10 députés du parti AKP au pouvoir en Turquie à l’occasion de la commémoration de la mort du député musulman Ahmed Sadik, survenue en 1995 à la suite d’un accident de voiture. Apparemment cette commémoration est devenue depuis quelques années un prétexte pour le consulat de Turquie de Komotini (Grèce) de rappeler sa présence active. Plus tard, le 2 août, étaient attendus en Thrace 30 députés du même parti turc pour fêter la naissance du prophète Mohammed. Le 5 août, ce sont 50 députés du parti gouvernemental turc qui devaient se rendre dans le département d’Evros (Grèce) pour une cérémonie religieuse… Pourquoi autant de visites et un tel intérêt pour ces populations turcophones vivant sur le sol grec ? Selon deux journalistes de To Vima (voir plus haut et un autre article), les autorités turques ont peur de perdre la ‘bataille de l’éducation’. En effet, après les avoir longtemps délaissés en termes d’éducation, l’état grec a lancé depuis 1997 des programmes spécifiques destinés aux enfants de cette minorité: construction de nouvelles écoles adaptées, introduction de nouvelles méthodes pédagogiques (et donc abandon des méthodes des années 60 encore en cours dans certaines écoles pour minorités…), mise en place d’un réseau de télévision. Les autorités turques répondent par des promesses de bourses pour des élèves turcophones désireux de faire leurs études en Turquie, organisent des voyages parapédagogiques et constituent des organisations d’étudiants musulmans dans les villes grecques comme Thessalonique, Giannena, Larissa. Tout cela pourrait être de bonne guerre, mais la presse grecque voit dans ces initiatives la main active d’une organisation extrêmiste, les “Loups gris”, et rappelle les prises de position de députés musulmans, élus de partis politiques grecs, qui revendicaient “leurs droits en tant que minorité turque, ainsi que le droit d’apprendre leur langue”.

Les relations Grèce-Turquie se révélaient enfin récemment dans le domaine culturel par un long article paru dans ''Eleftheros Typos''. Il rapportait le 15 juillet les remarques peu amènes faites par l’Unesco aux autorités de la ville d’Istanbul, qu’elle menace d'expulser du Comité pour le patrimoine culturel: en cause, la négligence dans la conservation du patrimoine culturel byzantin présent sur son territoire. L’article s’appuie sur un rapport de l’Unesco qui déplore des négligences dans l’entretien et la conservation de monuments comme Sainte-Sophie, les ruines de l’Hippodrome de Constantin, ou la destruction du quartier Souloukoulé, où vécurent les premiers groupes de Tsiganes en Europe… L’état de Sainte-Sophie est détaillé comme dans un rapport médical, des excréments des pigeons qui détériorent sa décoration en marbre aux retards dans les travaux dus à la bureaucratie, en passant par la remise au jour des mosaïques byzantines recouvertes d’inscriptions musulmanes d’époque ottomane… C’est drôle, mais certaines de ces remarques me rappellent quelque chose, non ? (voir plus bas Sites antiques en danger…)

30

07

2008

Le torchon brûle…

Et brûle la Grèce, une fois de plus. Cette année, et pour l’instant, c’est Rhodes qui a été la proie la plus touchée par les flammes. Maintenant que le feu est maîtrisé, la révolte s’exprime ouvertement: “C’est en vain que les autorités compétentes ont promis que des mesures préventives seraient prises pour qu’une catastrophe comme celle de l’an passé ne se reproduise plus. C’est en vain que la direction du Corps des pompiers, punie pour ses erreurs, a été changée. C’est en vain que le ministère de l’ordre public et le corps de la sécurité ont été fondus en un seul ministère de l’intérieur”, s’insurge Vythoulkas dans To Vima le mardi 29 juillet. L’article dénonce les mêmes erreurs qui, déjà l’année dernière, avaient retardé l’arrivée et l’action des secours: manque de coordination entre les autorités, manque de matériel ou de personnel pour l’utiliser: des hélicoptères pour la location desquels la somme n’a toujours pas été versée, d’autres qui ont déjà effectué plus d’heures de vol que le contrat ne le stipule… Les équipes d'intervention doivent se contenter de matériel loué puisque si un plan de renouvellement du matériel des soldats du feu a été évoqué, rien de concret n'a été constaté pour le moment. Enfin, l’article souligne les dangers du mois d’août qui se profilent, avec en particulier l’arrivée du meltème, un vent fatal en cas d’incendie.

Pendant ce temps, un autre incendie, plus spirituel celui-là, trouble certaines sphères du pays, celle de l’Eglise en l’occurrence. En effet, les autorités religieuses grecques ont été involontairement au centre de la nouvelle querelle de l’Eglise orthodoxe. C’est le journal Makedonia qui résumait le mieux la situation le 22 juillet: “Prenant pour prétexte la visite imminente du patriarche oecuménique (de Constantinople) Bartholomée à Kiev (Ukraine) pour fêter les 1.020 ans de christianisation de la région, le patriarche de Moscou Alexios a envoyé une lettres aux chefs de l’Eglise orthodoxe, pour les inciter à ne pas se rendre aux manifestations organisées pour l’occasion à Kiev.” Ces troubles diplomatiques sont causés par la situation locale ukrainienne, qui voit coexister dans ce même pays trois courants religieux, dont deux sont considérés comme “schismatiques” par le patriachat de Moscou dont dépend la région (voir article). En fait, la Russie craint que l’Eglise d’Ukraine revendique une autonomie que le pays exprime déjà dans le domaine politique en se tournant ostensiblement vers l’Occident. Une Eglise autocéphale et un gouvernement pro-occidental, c’est plus que ne peut tolérer Moscou. croix Les répercussions sur la Grèce furent d’ordre politico-diplomatique, comme toujours dans un pays où la religion est d’Etat et ses relations avec le pouvoir tout à fait claires et assumées. L’archiépiscope de Chypre a pris ouvertement le parti de Moscou en déclarant: “L’Eglise d’Ukraine dépend de l’Eglise de Moscou; elle doit respecter la mère de l’Eglise” (voir article). La presse grecque voit dans cette attitude la marque évidente de l’influence de la Russie dans les problèmes chypriotes. Le même article fait état des divisions au sein des autorités grecques orthodoxes. Certains responsables religieux soutenaient le 22 juillet qu’il fallait adopter la même réponse que celle de leur collègue chypriote, et conseillaient à l’archiépiscope grec Iéronymos de ne pas se rendre non plus à Kiev; d’autres l’incitaient au contraire à ne pas abandonner le patriarche oecuménique de Constantinople. Le 23 juillet, l’ambassadeur de Russie en Grèce visitait le ministère des Affaires étrangères pour discuter de l’affaire avec un secrétaire d’Etat chargé des dossiers religieux. Tout le monde alors parlait du danger de schisme, “un nouveau schisme qui interviendrait exactement 954 ans après le premier” (lire dans To Vima), celui qui a vu l’Eglise d’Orient (désignée plus tard par l’adjectif ‘orthodoxe’) se détacher de l’église catholique de Rome. En tout cas, ce danger a suscité les réactions comme celle publiée dans To Vima: “Ce qui est dramatique, c’est que le probable schisme n’est pas dû à des différences dogmatiques, qui pourraient être légitimes et respectables. Ce sont en fait des affaires de gestion, - à savoir qui doit avoir le contrôle de l’Eglise d’Ukraine, qui menacent de briser l’Eglise orthodoxe.” L’auteur de ce billet espère que les autorités religieuses grecques auront la sagesse de sauvegarder au moins l’unité de l’Eglise grecque.

Toute l’histoire s’est de toutes façons diplomatiquement réglée : tout le monde s’est retrouvé à Kiev, s’est donné l’accolade, et a prononcé quelques paroles amères, mais sans conséquence schismatique pour le moment. Le torchon a donc brûlé la semaine dernière dans l’Eglise orthodoxe; espérons que l’extinction de ce feu soit transposée dans le domaine terrestre et que les forêts grecques résisteront à l’été.

24

07

2008

Le plein d’énergies

La Grèce n’échappe pas à la conjoncture énergétique européenne et mondiale et s’interroge sur la façon dont elle pourrait s’alimenter en énergie sans en payer le prix fort. Dans le même temps, on constate la présence de plus en plus forte d’une réflexion d’ordre écologique qui oriente les débats vers les sources d’énergie renouvelables. Mais toutes les solutions envisagées ne suscitent pas l’enthousiasme.

L’actualité énergétique la plus “brûlante” est celle de l’énergie solaire. Le journal Ta Nea semble tout heureux de nous apprendre l’initiative réalisée dans le département d’Arcadie (Péloponnèse) : à partir de l’été 2009, 7000 foyers seront alimentés en énergie électrique générée uniquement par des panneaux solaires. Cette bonne nouvelle est due à la création prochainement avalisée de la société DEI Renouvelables, filiale de la société nationale grecque DEI (Entreprise nationale d’électricité), qui met en place un parc d’équipement de production d’électricité par énergie photovoltaïque à proximité de la ville de Mégalopolis. Le parc aura une capacité de 50 mégawatts, constituant ainsi le deuxième plus grand parc de la sorte en Europe, après celui de Leipsig en Allemagne. Le site sera installé sur la zone d’une ancienne mine de lignite appartenant à DEI mais dont l’exploitation a cessé. Evidemment, l’ampleur du projet et la révolution qu’il implique provoque quelques réticences, en particulier de la part des riverains. “Cependant, comme l’assure DEI, il n’y aura aucun désagrément visuel pour les habitants du fait de la topographie du site, puisqu’il se trouve à 30 mètres de hauteur de décalage par rapport à la ville et en sera séparé par un parc de 30 hectares. Les arbres déjà présents sur le site, en plus d’une rangée de nouvelles plantations qui pousseront à sa limite nord constitueront, selon DEI, un barrage à tout contact entre le site et la ville de Mégalopolis”. La société de production d’électricité se veut très rassurante en citant des exemples européens de parcs comparables pour lesquels aucun désagrément n’a été signalé pour les voisins.

hélios

De fait, il semble que l’énergie solaire soit une source très profitable pour l’économie de la Grèce de demain. Parallèlement à ce projet de production d’énergie, des entreprises de fabrication de panneaux solaires photovoltaïques voient le jour dans plusieurs centres industriels du Péloponnèse qui “ambitionne de devenir le plus grand centre de développement de la technologie de l’énergie solaire en Grèce” (voir l’article paru dans Ta Nea). Patras et Tripoli, en particulier, misent sur le développement mondial de ce type de source énergétique et leurs entreprises reçoivent déjà des commandes d’Allemagne et d’Espagne. La société grecque Solar Cells Hellas a ouvert des usines l’année dernière, et elle sera suivie par trois autres, qui commenceront leurs activités de production en 2009. La fameuse lumière grecque recherchée par tant de touristes enfin captée et exploitée… (Photo Coré Caro)

Collègue d’Hélios dans la mythologie grecque, Eole n’est pas en reste dans la bataille des énergies renouvelables. C’est ce qu’on apprend dans un billet paru dans To Vima, dans lequel son auteur, Ioannis Zampetakis, s’insurge contre la “propagande menée par les autorités de la commune de Sturea contre ce qu’ils appellent la forêt de métal, c’est-à-dire contre les éoliennes”. Cette commune de l’île d’Eubée, soutenue par d’autres, refuse que soient installées sur son territoire les grandes silhouettes de métal qui pourraient pourtant fournir beaucoup d’électricité, grâce à la force du vent dans ce secteur. L’enseignant en chimie de l’alimentation à l’université d’Athènes qui a rédigé ce papier reprend les trois arguments avancés par les autorités locales pour mieux les contrer: 1) déjà trop d’éoliennes dans les parages ? Naturellement, c’est ici que le vent souffle le plus fort en Eubée; 2) destruction de la beauté naturelle du site et conséquemment risque de diminution du tourisme ? Faux, puisque les éoliennes ne se voient pas de la fenêtre des hôtels de la ville; 3) elles provoquent trop de bruit ? Trop de bruit, dans une zone où il vente 300 jours sur 360, au point que le seul bruit qui puisse pénétrer dans les maisons est le bruit du vent ! En retour, l’universitaire avance les bonnes raisons pour accepter cette nouvelle énergie: en particulier une énergie propre qui limitera les risques de pollution des sols qui, souligne-t-il, “se retrouve dans nos assiettes à l’heure actuelle”!

Diminution de la pollution, voilà le maître mot sous la plume de Grigoris Nikolopoulos dans To Vima du 15 mai. Et pour lui, cette diminution, plus que nécessaire dans “le pays le plus beau et le plus sale d’Europe”, peut passer par l’énergie nucléaire. Au moins par l’ouverture d’un débat sur la question car, regrette-t-il, “personne ne veut du nucléaire en Grèce. Ce refus, qui avait du sens autrefois, est devenu un axiome, un dogme. Tout le monde le croit sans le réexaminer. Et les hommes politiques répètent ce refus comme des perroquets, craignant que la seule mention du mot ‘nucléaire’ leur fasse perdre leur siège.” En fait, l’auteur de l’article défend la position du ministre de l’environnement grec, qui proposait l’ouverture d’un débat sur le sujet. Il attaque les arguments des anti-nucléaires qu’il juge dépassés: 1) les voisins balkaniques possédant des centrales nucléaires sur leur sol, le danger est le même pour les Grecs: “Si la centrale de Bulgarie explose, nous en subirons les mêmes conséquences que les Bulgares”; 2) l’énergie nucléaire ne pollue pas puisqu’elle ne rejette pas de dioxyde de carbone dans l’air; 3) la technologie mise au point par les Japonais pour construire des centrales résistantes aux séismes est aujourd’hui très fiable; 4) enfin ce type de production assurerait l’indépendance énergétique de la Grèce. Mais le pays ne semble pas prêt.

Quelle solution reste-t-il alors à envisager ? Celle d’un partenariat inter-balkanique, selon la proposition de Panagiotis Gennimata qui s’exprimait dans Kathimerini le 20 juillet dernier. Ce haut représentant grec de la Banque européenne d’investissements prône une politique énergétique commune aux pays de la péninsule balkanique. Il prévoit plusieurs avantages à une telle coopération: “Elle permettra de diminuer le coût total d’investissement et de fonctionnement. Un programme national autonome, même s’il s’impose pour des raisons théoriques de sécurité, conduit généralement à l’impasse. Aucun pays de cette zone, hormis peut-être la Slovénie, n’a ni ne prévoit d’avoir les moyens ni les ressources pour couvrir ses besoins en énergie.” Panagiotis Gennimata pense aussi pouvoir ainsi lutter contre les monopoles du type Gazprom. Reconnaissant que la péninsule présente encore quelques risques au niveau politique, il croit cependant à l’influence de l’Union européenne et de l’intégration de plusieurs de ces pays à l’OTAN pour stabiliser la région et permettre ces grands investissements internationaux qui s’inscriraient dans “un réseau de relations commerciales déjà bien développé entre ces états et qui continue à s’épanouir avec un dynamisme impressionnant. La Serbie en particulier ne va pas tarder à prendre sa place dans le dynamisme pro-européen de la région avec de multiples répercussions positives”.

Mais si politique énergétique commune balkanique il doit y avoir, dans quel type d’énergie se développera-t-elle ? Finalement, notre question de départ reste en suspens...

17

07

2008

Sites antiques en danger

Voyagez en Grèce, vous y sentirez in situ ce que les plus belles cartes postales ne pourront jamais vous montrer: l’odeur des pins, le chant assourdissant des cigales, les lambeaux de ciel bleu à travers les arbres ou en couronne au-dessus des théâtres de pierre… La nuit, vous pourrez profiter d’un spectacle de théâtre, de musique, assis sur les vieilles pierres d’un édifice de plus de 2000 ans, admirer son acoustique, sa capacité en spectateurs (voir les liens pour le festival d’Epidaure et le festival d’Athènes)… L’image est idéale, en apparence. (Photo par Corè Caro) Dodone_par_CorèCaro

En fait, des articles alarmants parus dans la presse grecque signalent les dangers assez inattendus que courent les vieilles pierres grecques à l’arrivée de l’été.

La première menace vient de l’utilisation des sites archéologiques pour des représentations théâtrales ou des concerts: “Tout le monde du spectacle veut avoir ces sites. Mais combien d’entre eux peuvent supporter cette utilisation massive ? (…) Les metteurs en scène et les scénographes ne suivent pas les recommandations comme celle d’employer des décors légers, les chanteurs sont incités à augmenter les décibels”, regrette Yotta Sykka dans Kathimerini du 29 juin (voir l'article). La voix de Gloria Glaynor à l’odéon de Patras, celle de Sakis Rouvas dans l’ancienne forteresse de Corfou, et leur orchestre bien sûr, ont participé à ce processus de détérioration des édifices historiques où ils se sont produits. Les compagnies de théâtre ont parfois des arguments artistiques pour imposer que telle actrice fume sur scène, ou justifier l’emploi de feux d’artifice. Mais la communauté scientifique des archéologues est très inquiète des conséquences délétères sur les édifices. “L’attribution d’un site se fait au cas par cas, déclare la directrice des antiquités à la journaliste. Bien sûr, il faut que les gens sachent quels théâtres antiques peuvent être ou non utilisés, et le cas échéant, sous quelles conditions. (…) Nous avons besoin d’un catalogue qui soit publié. (…) Le sujet demande à être discuté et c’est pourquoi nous prévoyons une journée d’étude, à l’automne, à laquel prendront part des personnalités du théâtre et des responsables du ministère de la culture pour voir où on en est.”

L’autre très grave et stupide menace qui plane sur les théâtres grecs antiques, vient des chewing-gums et des talons aiguilles. L’article indique que 30 kilos de chewing-gum collé sur les gradins du théâtre d’Hérode Atticus à Athènes ont été ramassés l’année dernière. Les organisateurs des manifestations demandent expressément au public de ne pas porter de talons hauts ni, évidemment, de jeter des chewing-gums à l’aveuglette, “mais ces recommandations tombent dans l’oreille d’un sourd”. Les dégâts et l’image déplorable de cette situation ont déjà filtré dans la presse étrangère, puisque le Times y a consacré un reportage, selon Eleftheros Typos (voir l'article).

Enfin, des problèmes de financement se font jour: “Le ministère de la culture n’arrive pas conserver les théâtres antiques. Il n’a pas d’argent pour faire réaliser des plans de conservation, et cela ne fait de toutes façons pas partie de ses priorités”. C’est pourquoi la journaliste s’attarde sur une initiative venue d’un ex-ministre et ex-maire, qui, dégagé de ses obligations publiques, a fondé une corporation nommée “Diazoma”, du nom donné à la ceinture de pierre qui coupe en deux les séries de gradins dans les théâtres grecs. Stavros Bénou a décidé de partir à la recherche de fonds financiers destinés à la restauration des bâtiments antiques. “Mais cela soulève des questions. Concrètement, comment un investisseur privé va-t-il collaborer avec le ministère de la culture?” De fait, aucun contact n’a encore eu lieu entre l’initiateur du projet et le ministère de la culture.

Alors, si vous allez voir, au hasard, l’Orphée et Eurydice monté par Pina Baush à Epidaure, dernière recommandation: laissez vos chewing-gums et vos talons aiguilles à la maison, c’est le moins que vous puissiez faire pour la conservation du patrimoine grec !

09

07

2008

Tous aux musées !

Avec le temps des vacances revient le temps des voyages, et, pourquoi pas ? des voyages en Grèce. Ce billet se propose de vous donner un humble conseil: visitez les musées ! Voici quelques raisons qui motivent cet avis. pied D’abord à cause de la canicule qui sévit ces derniers jours. La température extérieure à Athènes dépasse actuellement les 40°C, et atteint 38°C à Thessalonique. Les jours prochains verront une légère baisse de la température (38°C et 34°C dans les villes en question), en partie grâce au bienvenu vent meltème (voir article). Comme certains des musées grecs sont climatisés, la première – mauvaise – raison de visiter les musées pourrait être, matériellement, de se protéger de la chaleur. Cependant, il n’est pas sûr que la climatisation fonctionne car la société de production et distribution d’électricité grecque (DEH), est dépassée par la demande en énergie électrique que provoquent les 300.000 nouveaux systèmes de climatisation installés dernièrement dans le pays, et qui ont augmenté de 210 mégawatts la demande en électricité. Selon Eleftherotypia la DEH recommande de limiter leur emploi, ou à tout le moins de les arrêter 10 à 15 minutes par heure (ce qui permettrait d’économiser 600 mégawatts sur tout le pays sans pour autant altérer la température de la pièce où se trouve le climatiseur). Sinon, la société annonce que de nouvelles coupures d’électricité auront lieu, comme ce fut le cas hier pour certains abonnés avec contrat à clauses spéciales. Tout compte fait, il n’est pas si sûr que les musées seront un havre de fraîcheur.

La deuxième raison, plus noble, est de rendre honneur au pays qui possède parmi les plus belles collections d’antiquités du monde. Et, de ce point de vue, Athènes est d’une grande richesse. A ce point, il faut évoquer les grandes baies vitrées et l’allure géométrique du nouveau musée de l’Acropole, qui ne sera malheureusement pas encore ouvert au public cet été. Mais, pour nous mettre l’eau à la bouche, le journal To Vima (voir article) laisse Michaïl Tivérios nous parler de son contenu, avec entre autres des objets découverts en 1955 sur l’emplacement d’un Nymphée, situé sur le côté Sud-Ouest de l’Acropole. Le professeur d’archéologie classique nous décrit “des milliers de pièces en céramique (…) dont beaucoup ont été restaurées et présentées complètes. Parmi elles se trouvent des céramiques issues des ateliers les plus réputés d’Attique, constituant la collection la mieux conservée de céramique décorée attique trouvée sur le sol grec.(…) Ces trouvailles étaient malheureusement jusqu’à aujourd’hui inaccessibles au public car elles sont conservées à Monastiraki, à la Mosquée Fétichié, qui fonctionne comme réserve du musée archéologique de l’Acropole.” Mais personne n’ignore que le grand musée vitré de l’Acropole doit, à terme, peut-être, accueillir l’ensemble des fameux marbres du Parthénon, dont une partie se trouve à Athènes et l’autre au British Museum de Londres.

Or, les autorités britaniques s’y refusent, on le sait. Plus original est le point de vue des reporters du Royaume envoyés à Athènes découvrir les lieux. To Vima du 25 juin rapportait les réactions du Guardian faisant état de “sites archéologiques laissés à l’abandon et des horaires de musée dissuasifs pour les touristes”; le journal britannique déplorait aussi “la politique de recrutement des travailleurs saisonniers appelés à couvrir les besoins du personnel de surveillance des musées et des sites archéologiques.” En particulier, The Guardian critiquait la situation du site de Délos dont nous reparlerons plus bas. Heureusement, la presse grecque (ici ''Eleftherotypia'') rapporte aussi l’admiration d’un envoyé spécial britannique “impressionné par le nouveau musée de l’Acropole, qui ressemble plus à un temple qu’à un lieu d’exposition”; le journaliste, visiblement ému, avoue qu’”il est difficile de ne pas être troublé quand on regarde les marbres du Parthénon incomplets”. Mais le trouble du visiteur britannique aura-t-il raison de l’inflexibilité des autorités de son pays?

Passons à présent au musée archéologique central d’Athènes, connu dans le monde entier pour conserver un certain nombre de merveilles, dont le célèbre masque d’Agammemnon. Nikos Bakounakis, pour ''To Vima'' , se promène dans ses couloirs et admire “les nouvelles salles avec les objets égyptiens (…), le superbe café-bar, l’une des meilleures librairies des musées de Grèce, et le plus soigné des jardins de la capitale.” Mais cet éloge n’est là que pour mieux faire saillir la critique: “Les gardiens ne portent pas de costume (…) On m’a dit que le gouvernement n’avait pas le budget pour faire coudre des costumes. (…) Evidemment, ils ont tous un téléphone portable; on m’a dit que c’était pour la communication interne. Mais les conversations que j’ai entendues étaient plutôt ‘externes’. Et cette voix aggressive ‘no flash, no flash’ qui traverse les salles, comme des commandements dans un camp de concentration. Aucun respect pour le lieu, aucune politesse, aucun ‘s’il vous plaît’, ‘please’. (…) Si le musée archéologique national n’est pas la vitrine de la Grèce, alors qu’est-il ?” se désole le journaliste en pleurant sur “les vestiges du jardin, plein d’ordures”, et tremblant sur le trottoir qui mène au musée où, écrit-il, “les traficants de drogue commercent en plein jour sous le nez de la police !”

Si de nombreux musées sont propriété de l’Etat en Grèce, il existe également quelques musées privés, de grande qualité, comme le musée Bénaki à Athènes. Il fait cependant parler de lui en ce moment en présentant la collection établie par un certain Koutoulakis, digne représentant d’une famille de traficants d’antiquités très connue et active entre 1920 et 1995. Le directeur du musée, interrogé par un journaliste de ''Kathimerini'', se défend d’avoir eu connaissance de la condamnation dudit Koutoulakis pour trafic d’antiquités et cite une longue liste de mécènes qui ont utilisé les ‘ressources’ de tels traficants, à différentes époques: Bénakis lui-même, Stathatou, Goulandris… A la question: “Que dites-vous des dons faits par des traficants d’art pour blanchir leur nom?”, le directeur du musée répond: “Demandez aussi cela aux autres directeurs de musée…” Il défend aussi fermement l’idée que ces objets, quelle que soit leur provenance, sont mieux dans un musée que dans une collection privée inaccessible au public. De fait, son établissement vaut la visite, mais ses propos suggèrent des pratiques peu recommandables.

Quittons Athènes et ses traficants de tout poil pour gagner les îles: polémique à Délos, île sacrée située à côté de Myconos, où le musée est fermé au public depuis le 9 mai, rapporte ''Eleftheros Typos''. Par manque de personnel de surveillance, le musée ne peut ouvrir ses portes. Le ministère de la culture n’avait, au 19 mai, pas encore procédé au recrutement des travailleurs saisonniers qui doivent renforcer les équipes d’accueil et de surveillance sur les sites archéologiques et dans les musées. “Les touristes perdent l’occasion d’admirer de près les célèbres pièces du musée, dont les lions de marbre. (…) Mais quand ils partent de Myconos sur la barque qui les conduit sur l'île, on ne les informe pas de cette fermeture et ils sont invités à payer le prix normal de 5 euros, qui comprend la visite du site et … le musée.” Méfiance, donc, sur l’île d’Apollon.

Enfin, allons au musée aussi pour aborder l’époque moderne. Un musée du disque verra le jour dans la banlieue d’Athènes sur le site à présent désaffecté des studios de la Columbia où ont été enregistrés les grands succès populaires de la chanson grecque. Le contenu précis du musée n’est pas encore dévoilé, mais le projet est mené avec le soutien du musée britannique Mme Tussauds et présentera des sujets en cire, comme la représentation du grand rébète Vassilis Tsitsanis (voir article). Il s’agit d’un cas rare en Grèce de réhabilitation d’une architecture moderne et, “une idée originale de musée privé”, d’après les mots du propriétaire des lieux.

Voilà une visite de musée qui finit en musique...

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07

2008

La cigarette, chouette ou pas chouette ?

Eh oui, la Grèce est un pays européen, et à ce titre doit suivre le rythme des législations qui se propagent dans tout l’espace communautaire. Même si elle n’est pas expressément contrainte de les appliquer, certaines lois ont le vent en poupe en Europe, et, pour être “dans le coup”, la péninsule hellénique doit songer à quelques réformes. Or, elle constitue à ce jour en Europe une enclave de fumée de tabac et un mur géant de publicités pour l’industrie de la cigarette: “le dernier Eldorado en Occident pour l’industrie du tabac et ses publicitaires”, reconnaissait en avril un journaliste grec dans Kathimerini (voir article). Voilà donc le ministère grec de la santé lancé sur le front du tabagisme… periptero Un projet de loi, discuté le 24 juin dernier lors d’un comité ministériel, prévoit différents types d’incitations et d’interdictions pour limiter la consommation de cigarettes de la population. Ce projet de loi devrait prendre effet au 1er janvier 2010 et porte en lui un ensemble assez drastique de mesures. C’est en tout cas l’adjectif utilisé dans Ta Nea (voir l’article) pour qualifier les amendes de 300 euros prévues pour les fumeurs pris en flagrant délit de fumer dans des lieux clos, et les amendes de 3000 euros prévues pour les gérants de magasins ou restaurants qui laisseraient de dangereux fumeurs commettre leur délit. Des contrôles réalisés à l’improviste par des inspecteurs dans lesdits magasins permettront de faire appliquer au mieux ces mesures. L’ensemble des lieux publics devrait aussi être concerné par l’interdiction de fumer. Une mesure incitative sera aussi l’augmentation du prix de la cigarette.

Pour les Grecs, cette loi de santé publique visant à réduire la cigarette et les pathologies qui sont liées au tabagisme, fait figure de révolution des moeurs. D’abord parce que ce pays est de loin l’un des plus gros consommateurs de cigarettes: “Avec une consommation de 3000 cigarettes par personne et par an, et quatre habitants sur dix qui reconnaissent être des fumeurs réguliers, la Grèce occupe l’un des premiers rangs au niveau mondial pour l’utilisation des produits dérivés du tabac”, apprend-on dans un article de Kathimerini publié fin mai (voir l’article). En avril, le journal Aggelioforos n’hésitait pas à parler d’épidémie: “Le tabagisme prend des allures d’épidémie dans notre pays, une épidémie qui fait chaque année perdre la vie à 14 000 personnes”. Dans Kathimerini, on parle même de 20 000 morts. Plusieurs articles sont parus ces derniers mois sur le sujet, pour relayer auprès du public des résultats d’études qui arrivent toutes aux mêmes conclusions: “Fumer augmente le risque de maladies graves pouvant entraîner la mort”, comme l’indiquent les paquets de cigarettes, même grecs. grafiti Penny Bouloutza, auteur de l’article déjà cité dans Kathimerini, salue l’initiative gouvernementale puisque, écrit-elle, “la Grèce fait partie des rares pays qui n’ont pas encore mis en place l’interdiction globale de fumer dans les lieux publics malgré les conséquences positives sur la santé des citoyens que cela provoquerait, et qui sont maintenant bien démontrées.” Il est vrai qu’un paquet de cigarettes en Grèce coûte deux fois moins cher qu’en France et qu’il est possible d’en acheter à peu près partout, et à toute heure. Il est surtout possible d’en fumer partout et à toute heure, si bien qu’être non-fumeur est un défi à l’ensemble de la société ou presque !

Mais l’action du ministère de la santé ne plaît pas à tout le monde, et surtout pas à Voula Kechagia qui, dans une chronique datée du 6 juin et parue dans Ta Nea, parle de diffusion d’un “message fasciste” (voir article). Commentant un spot télévisé réalisé par le ministère, elle s’insurge: “C’est un spot provocateur, blessant pour une grande partie des gens (…) où le fumeur est présenté comme nerveux, angoissé, cynique, totalement indifférent à son entourage et en particulier à ses enfants” (en effet, 4 enfants grecs sur 10 seraient exposés à la fumée de cigarette). Et la diatribe se poursuit: “Je ne sais pas si les inspirateurs de ces dialogues sont des ‘anti-tabac’ fanatiques ou des anti-démocrates fanatiques, mais leur message est fasciste.” En fait, elle dénonce surtout l’hypocrisie qui consiste à culpabiliser les fumeurs alors que “les déchets industriels, le développement économique anarchique, les essais nucléaires et les bombardements ont eux aussi des conséquences très néfastes sur les fumeurs et les non-fumeurs”. Dans Kathimerini, Nikos Vatopoulou la rejoint par son ton nostalgique : l’une regrette que seuls “les méchants, les mal-éduqués” apparaissent cigarette aux lèvres dans les films récents, l’autre pleure l’élégance avec laquelle les femmes de jadis sortaient de leur poche des paquets de cigarettes importées… Mais Nikos Vatopoulou reconnaît que “l’espace des non-fumeurs dans les bars et les restaurants s’est réduit au point de disparaître.” Par ailleurs, il croit en une évolution de la société grecque, évolution lente certes, mais sûre: “De même qu’il nous a fallu du temps pour qu’Internet s’installe dans nos foyers, de même qu’il nous a fallu du temps pour comprendre que le contrat de vie commune n’était qu’une simple reconnaissance d’une réalité et une solution à des problèmes pratiques, de même cela nous prendra du temps pour comprendre qu’on ne peut pas allumer une cigarette n’importe où”.

Et surtout, les journaux grecs semblent troublés par l’attitude de leurs frères latins sur le sujet: “Nous continuons à envisager l’hystérie anti-tabc américaine avec ironie (…), mais depuis que nous avons vu les Italiens mettre une telle loi en application, la question se pose: y aurait-il un autre point de vue possible?” Finalement, l’exemple italien semble avoir presqu’autant de poids qu’un exposé médical: si les Italiens l’ont fait, semblent dire quelques journalistes, on doit pouvoir y parvenir nous aussi…

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06

2008

La démocratie européenne en question sur l’Acropole

La presse grecque, qui se penche cette semaine sur le cas irlandais, est sévère: “Mort en Irlande”, “Les référendums nuisent gravement à la santé politique de l’Europe” font partie des titres un peu accusateurs qu’on pouvait voir apparaître sur les pages des journaux grecs en ligne. Est-ce une déformation optique due à ma sélection d’articles ? Aux tendances politiques des médias consultés ? En tout état de cause, les articles que j’ai lus dénoncent plus qu’ils ne comprennent le résultat au référendum proposé aux Irlandais pour la ratification du traité de Lisbonne.

Certains journalistes se sont d’abord enquis de savoir ce qui pouvait avoir motivé ce résultat. Dans Makedonia, on évoque l’hypothèse selon laquelle “de nombreux Irlandais ont été agacés par le ton sévère, pressant et catastrophiste avec lequel les partisans du “oui”, Irlandais et étrangers, ont essayé de les convaincre. Le sommet fut atteint avec Bernard Kouchner, ministre français des affaires étrangères, qui, dans une déclaration faite deux jours avant le référendum, a considéré qu’un “non” constituerait une grande ingratitude de la part de l’Irlande vis-à-vis de l’Union européenne.” Le journaliste cite aussi la peur des électeurs catholiques de voir la pratique de l’avortement légalisée dans le cadre de l’U.E., le confort des hommes d’affaires qui se satisfont des avantages fiscaux en cours en ce moment dans leur pays, ou encore la hargne des éleveurs qui pensent que l’Europe préfère la viande des pays latino-américains aux moutons irlandais.

acropole

Malgré ces tentatives d’explication, l’analyse proposée dans To Vima par M. Spinthourakis est faite d’incompréhension et d’agacement: “Le paradoxe des Irlandais, écrit-il, est qu’ils ont intégré la communauté européenne avec enthousiasme il y a 36 ans, et qu’à partir de ce moment, d’une part leur niveau de vie a considérablement augmenté, mais ils ont d’autre part commencé à douter de l’intérêt de leur participation à l’Union.” Sur le même ton, Valia Kaïmaki, dans l’édition du 15 juin d’Eleftherotypia, rappelle que l’Irlande a déjà obtenu de ne participer ni à la Charte des droits, ni à la gestion commune des affaires intérieures et judiciaires. Et de conclure: “Jusqu’à ce qu’un nouveau traité voie le jour, l’Europe sera gérée exclusivement depuis Bruxelles, laquelle va renforcer sa pression sur des dossiers comme l’interdiction de la pêche au thon rouge, ou le retour aux 68 heures de travail hebdomadaires. Une pression qui étouffe la vie des Européens, bien davantage que le traité ne l’aurait fait”. “Le résultat, renchérit Kostas Fafoutis, dans Kathimerini du 17 juin, est que l’Union va rester au stade d’un grand marché économique sans règle et que les tentatives de politiques communes vont être abandonnées”. Les Irlandais sont donc, ni plus ni moins, accusés de retarder tout le processus de développement politique de l’Europe, au nom de la défense de particularités ou de droits qui n’étaient nullement mis en danger par le texte du traité de Lisbonne. On entend même des voix réclamer une “compensation” à cette atttitude jugée presqu’irresponsable des électeurs irlandais: “Les pays qui votent contre le traité devraient perdre leur pouvoir de représentation à la Commission. Ils pourraient continuer à être membres des autres organes institutionnels, avec mêmes droits et mêmes devoirs, mais sans pouvoir participer à l’exécutif européen, afin que l’Union européenne continue sa marche. La démocratie implique aussi des responsabilités…”, clame Nikos Konstantara dans Kathimerini. Le même journal publie encore deux articles traduits du Guardian dont le titre et le contenu retentissent eux aussi d’une indignation à peine voilée: ainsi du “Ils ont gagné ce qu’ils ont gagné, et maintenant ils nous tournent le dos” dans lequel le journaliste rappelle que “les progrès de l’économie irlandaise sont dûs en grande partie aux aides pour le développement offertes par Bruxelles.”

Les conclusions tirées par la presse grecque ne s’en tiennet pas à cette sévérité car elles touchent au principe même du référendum. “Les accords internationaux, comme tout traité multilatéral, par nature complexes, ne peuvent pas constituer un objet de référendum”, constate M. Spinthourakis dans To Vima, en s’appuyant sur les propos d’un diplomate européen. Pour Paschos Mandravelis, dans Kathimerini, “avec le référendum, il y a toujours un risque d’”accident” (…). Les accords sont le produit de collaborations politiques intenses et le résultat de compromis. Ces compromis, nécessaires, les électeurs les ignorent ou ne veulent pas les connaître. Or, les compromis sont aussi à l’origine de la complexité des textes, des nombreuses pages d’explications à lire, et… d’arguments faciles pour ceux qui s’opposent à cet accord.” Et il continue ainsi sa réflexion sur la psychologie de l’opposant: “La critique à un accord politique complexe est facile à formuler car elle porte sur un texte écrit et précis. (…) Au contraire, critiquer la position du “nonniste” est difficile car c’est par nature une position floue. (…) En général, si quelqu’un rejette ne serait-ce qu’un point infime de l’accord, il le rejette en entier quand il vote”. En fait, c’est le principe de la démocratie européenne qui est remise en cause par certains. Voici comment Nikos Konstantara commence son article paru dans Kathimerini: “Le paradoxe au coeur même de la démocratie: voici un système qui veut se mettre au service de la majorité et qui est fondé sur l’égale valeur de chaque vote; pourtant, souvent, il conduit à une situation où la minorité impose sa volonté à la majorité. Et cela de façon tout à fait démocratique. (…) Ainsi l’Irlande, avec ses 3 millions d’électeurs, semble avoir plus de poids dans l’avenir de l’Europe que les 500 millions autres Européens.” Beaucoup d’analystes, à la lumière de ce vote irlandais, mais aussi des votes français et hollandais de 2005, s’accordent à dire que “le référendum est un bon prétexte pour que chacun exprime ses griefs contre tout” (Makedonia, 15/06) ou encore qu’”il est presque certain que tout gouvernement qui met en place un référendum récolte une réponse qui dépend du contexte politique et non du sujet qui est proposé au débat public” (Kathimerini, 17/06).

Si les journalistes grecs s’intéressent tant au sujet (mais ils ne sont pas les seuls cette semaine en Europe de toutes manières), c’est aussi parce qu’il a eu récemment des répercussions politiques internes violentes. Le président du parti socialiste (PASOK), Yorgos Papandréou, a défendu au Parlement l’idée qu’un référendum puisse être organisé aussi en Grèce, au lieu que le traité ne soit examiné qu’à l’Assemblée (il a d’ailleurs été ratifié sans problème mercredi dernier par les députés grecs). Or, il s’est trouvé un opposant déclaré à cette proposition en la personne de Kostas Simitis, ancien premier ministre de la république hellénique, qui a, pour prix de son insolent désaccord, été immédiatement radié du groupe parlement socialiste (voir l'article de Kostas Iordanidis dans Kathimerini du 17 juin). Et pourtant, ose timidement reconnaître Kostas Fafoutis, “l’examen indirect du traité par les assemblées parlementaires constitue une confirmation du déficit démocratique dont souffre la construction européenne. (…) Même si, sans les “coups d’état” des élites politiques le projet européen n’aurait pas avancé, le silence assourdissant et le manque de débat qui prévalent en Grèce autour du traité ne sont aucunement justifiés.” Le choc de cette radiation autoritaire visant un ancien premier ministre prend en fait une tournure de réglement de comptes interne, même si M. Papandréou s’en défend dans une interview au journal Ta Nea parue le 17 juin: “L’Europe du futur ne peut pas être l’affaire d’une élite, nous ne devons pas craindre les citoyens. Nous sommes pour le traité, malgré ses imperfections. Mais depuis pas mal d’années on parle de déficit démocratique en Europe. Nous avons donc le devoir de réveiller les citoyens, de renforcer leur pouvoir d’expression et de participation. L’unification de l’Europe peut et doit se faire avec les peuples et non contre les peuples.” De fait, Kostas Simitis jugeait l’idée de référendum déplacée, pour les raisons évoquées plus haut, et l’avait fait savoir clairement à son chef de parti.

On voit donc qu'aux sources historiques et philosophiques de la démocratie, l'interrogation sur le référendum européen se propage aussi, mais avec dommages collatéraux.

12

06

2008

Un PACS à la grecque ?

Nous apprenons dans l’édition du 11 juin d’Eleftheros Typos qu’une commission gouvernementale dirigée par Kostas Caramanlis, premier ministre grec, a donné unanimement son accord à un projet de loi qui ouvrira la possibilité à deux personnes de sexe opposé de conclure un “contrat de vie commune”. La loi devrait être votée par le Parlement à l’automne. Le ministre de la Justice qui a défendu le projet et l’a rendu public a tenu à préciser que ce contrat ne sera pas valable pour les couples homosexuels, car il avait prétention à être comparable à l’institution du mariage. “Il a souligné le fait que le sujet des couples homosexuels n’avait même pas été discuté”, conclut l’auteur de cette dépêche.

Il semble au premier abord que cette mesure ne fait qu’institutionnaliser une pratique de plus en plus courante: celle d’une vie à deux, sans les liens sacrés du mariage. Ce phénomène, largement observé en Europe, se développe aussi en Grèce, où l’institution du mariage garde pourtant un prestige important. Un article publié dans Ta Nea le 9 juin rend compte d’une recherche sociologique menée auprès d'un échantillon de grecs de plus de 18 ans et selon laquelle de nouvelles tendances apparaissent dans les représentations du mode de vie en couple : si 57, 6% des personnes de plus de 18 ans interrogées préfèrent le mariage (à l’église, bien évidemment), 3 personnes sur 10 déclarent être prêtes à aller signer un contrat de vie commune chez un notaire. Les journalistes analysent ces chiffres comme un “léger progrès de l’opinion”. Par ailleurs, 8 personnes sur 10 reconnaissent que l’institution du mariage traverse une crise. L’article détaille quelques unes des causes responsables de cet effritement du mariage, que des conseillers conjugaux et des sociologues étayent d’exemples particuliers: des causes psychologiques, comme la peur du lien et de la perte de liberté; les causes économiques également, ainsi le coût de la fête qui, par ailleurs, “est devenue un grand moment de fête pour tous, sauf pour les mariés !”, comme l’affirme avec humour l’acteur Thasos Chronis. Et, finalement, les besoins économiques et une envie de reconnaissance officielle risquent de pousser un grand nombre de jeunes couples vers ce nouveau “contrat de vie commune”.

Cette innovation n’est cependant pas véritablement louée dans la presse grecque. D’abord, tout le monde ne la voit pas comme une innovation véritable. Dans un billet d’humeur paru le 7 juin dans Ta Nea, un universitaire cède à l’agacement: “Ce contrat de vie commune que tente de mettre en place notre gouvernement conservateur (comment en est-il arrivé là?) existe dans les pays européens avancés depuis 30 ans. Cela doit nous faire prendre conscience du point où nous en sommes comme pays, comme peuple et mentalité. La question, maintenant, est de savoir comment et quand il sera appliqué.” Et de déplorer d’autres lois qui n’ont débouché sur aucune réalisation faute de la publication du décret d’application correspondant.

L’autre accusation vient des défenseurs d’une union pour les couples homosexuels. Ceux-ci ont été exclus du projet car, selon le ministre de la Justice, “il faudra étudier cela quand la société aura mûri, si cela se peut. Les projets de loi et les réformes législatives sont faits pour répondre aux exigences de la société. Aujourd’hui, la société nous demandait cela. Ensuite, il faudra voir. Je pense que la société grecque n’est pas encore prête à aborder cette question” (voir article dans Ta Nea) Il n’y aurait donc pas de besoin pour le moment.

Cette hypothèse est pourtant infirmée par les deux couples homosexuels qui ont réussi à organiser leur mariage à la mairie de Tilos (une île du Dodécanèse) en ce mois de juin. Eleftherotypia rapporte ainsi les paroles du représentant de la Communauté homosexuelle grecque (OLKE) après les mariages: “Le mariage entre homosexuels est légalement valide en Grèce, et aucune poursuite judiciaire n’a été entamée contre le maire de Tilos à ce jour”. La confiance exprimée par les responsables de cette communauté leur fait même prévoir de nombreuses célébrations de ce type dans les semaines qui viennent en Grèce. Cette affaire embête sérieusement le gouvernement qui veille à ce qu’elle “ne prenne pas une dimension internationale”. En clair, et d’après des informations livrées le 5 juin dans Ta Nea, les responsables politiques grecs craignent des retombées très négatives en termes d’image pour le pays dans le domaine du respect des droits de l’homme s’il s’oppose trop ouvertement à ces mariés non traditionnels. C’est pourquoi le processus pour la mise en place du “contrat de vie commune” aurait été accéléré: il permet de distraire l’attention un moment et de couvrir les réactions que ces mariages gay ont provoquées.

L’exclusion des homosexuels de ce contrat a aussi été décidée pour ne pas “heurter le noyau dur des électeurs conservateurs de la Nouvelle Démocratie (le parti au pouvoir actuellement) et l’Eglise” (lire Ta Nea du 5 juin). Ménager l’électorat de la droite conservatrice et religieuse, tout en essayant de se montrer “dans le vent” des unions modernes, voilà donc la marge de manoeuvre étroite du gouvernement. Néanmoins, les sondés ayant participé à l’enquête pré-citée “disent oui à 63,9 % au contrat de vie commune pour les couples homosexuels. Mais ils sont une majorité à refuser le mariage entre homosexuels” (voir l'article déjà cité dans Ta Nea). Pour Andrea Guilbert, représentante d’Athens Pride 2008, “si le contrat de vie commune valait aussi pour les couples homosexuels, nous n’aurions pas toute cette affaire des mariages de Tilos”. Il n’est donc pas sûr que la décision finale soit véritablement en accord avec “ce que demande la société”, pour reprendre les paroles laconiques du ministre de la Justice.

Enfin, n’oublions surtout pas que dans un pays comme la Grèce, il faut compter avec la puissante Eglise orthodoxe dont les avis ont une influence parfois non négligeable sur la vie politique. En l’occurrence, un article paru le 23 mars dans To Vima fait apparaître les positions extrémistes d’un certain nombre de responsables religieux, dont l’opinion n’a pu qu’influencer le contenu final du texte approuvant la mise en place du contrat de vie commune. L’opposition claire et nette à cette forme d’union a d’abord été le fait du métropolite de Thessalonique, déjà connu pour des déclarations intempestives nationalistes. Dans ce débat, il n’a pas hésité à caractériser le contrat d’ “officicialisation de la prostitution et de l’immoralité”, insistant sur “la porte désormais ouverte à la légalisation des homosexuels qui vivent ensemble”. La glace était brisée, et dès lors, c’est toute une galerie de métropolites qui a pris le relais pour exprimer son désaccord, avec des arguments souvent violents: le métropolite de Corinthe s’attaque à “l’Union européenne qui veut imposer un état laïc et athée”, le métropolite de Corfou s’interroge sur l’avenir de la famille dans de telles conditions et espère que “le peuple grec rejettera ces moeurs venues de l’étranger, comme il a déjà rejeté le mariage civil” (le mariage civil n’est pas une pratique très courante en Grèce). Face à cette montée désapprobatrice, le Synode orthodoxe a publié le 23 mars un communiqué qui ne parlait rien moins que de la “prostitution hors du mariage orthodoxe” et d’une “bombe destructrice tombée sur les fondations de la famille chrétienne”.

Il semble donc que les racines chrétiennes de l'Europe sont bel et bien vivaces en Grèce. On peut simplement se demander quelle orientation elles veulent donner à la société européenne...

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05

2008

La Grèce, une future province allemande ?

On connaissait les colonies de touristes allemands au bronzage incandescent sur les plages grecques, il semble à la lecture des journaux parus les dernières semaines qu’un autre type de colonie allemande est à craindre sur le territoire hellène. Elle prendra cependant la forme, non de casquettes et de sandales à fortes semelles, mais de capitaux et d’actions. Expliquons-nous.

fils téléphone

Le ministre grec de l’économie, M. Alogoskoufis, a révélé jeudi 29 mai à l’Assemblée le contenu de l’accord passé entre la société grecque de télécommunication OTE et le groupe Deutsche Telekom. Il s’agit, ni plus ni moins, d’une accentuation de la privatisation de l’”organisme de télécommunication grec” (=OTE). L’Etat a cédé encore dernièrement 5 % de sa participation à la gestion de la société pour se trouver à 28% de part de l’OTE. Cela a bien sûr suscité la convoitise d’investisseurs privés, dont un certain Viénopoulos, mis cependant hors d’état d’agir par le gouvernement grec (voir Ta Nea du 28 mai). Et c’est donc l’investisseur allemand qui a obtenu la part du lion.

Le journal Ta Nea nous livrait jeudi la primeur des clauses du contrat. Le ministre a assuré que les missions de l’OTE restent celles d’un service public sur tout le territoire grec et qui doit, en cas de besoin, être mise au service de la défense et de la sécurité du pays; son siège restera en Grèce. Le comité de gestion sera composé pour moitié de représentants grecs et pour moitié de représentants de Deutsche Telekom. Le président sera choisi par la partie grecque, mais son rôle, conformément à la loi sur les sociétés anonymes, ne comprendra pas le pouvoir exécutif, lequel reviendra au conseiller exécutif choisi par la partie allemande.

Ces derniers aspects ne risquent pas de satisfaire les opposants au projet. Déjà dans l’édition du 06 mai d’Eleftheros Typos, on pouvait lire les réactions indignées de plusieurs responsables syndicaux et politiques. Le thème de la nation est prépondérant dans leurs propos. Le président du parti de gauche radicale SYN s’écrie: “Au train où vont les choses, on verra bientôt le drapeau allemand hissé sur le toit du palais Maximou (siège du gouvernement grec)”. Le président du syndicat GSEE Giannnis Panagopoulos s’insurge:" “La vente de l’OTE (…) constitue non seulement un scandale, mais encore un véritable crime contre l’Etat”. Quelques jours plus tard, dans le même journal, le président de LAOS (parti du Rassemblement populaire orthodoxe) M. Karatzaféris s’exclame: “Les deux grands partis politiques grecs ont décidé de faire de la Grèce une province allemande: le PASOK a donné l’aéroport, la Nouvelle Démocratie les télécommunications”.

Il faut également relever des voix plus modérées qui tentent d’analyser cette privatisation à l’aune du grand marché européen. Kostas Iordanis, dans Kathimerini'' du du 25 mai, par exemple, tente de se faire une raison: “(…) La Grèce appartient à la zone euro. L’intégration complète de notre pays au noyau dur de l’Union signifie en langage clair qu’il n’y a plus de capitaux “ennemis” ou “étrangers” qui tiennent dès lors que ces capitaux viennent de pays-membres de la zone euro. Avec l’adoption de l’euro, l’économie a perdu son caractère national et les gouvernements leur capacité à manoeuvrer seuls dans le domaine économique.” C'est aussi le message que veut faire passer le gouvernement par la voix de son ministre de l'économie: "l'OTE fonctionne dans un cadre concurrentiel et de mondialisation du marché. La collaboration avec l'organisme de télécommunication le plus puissant en Europe va renforcer l'OTE à la fois sur le plan technologique et sur le plan économique". (voir Eleftheros Typos'' du 14 mai).

Parmi les clauses qui ont été présentées aux députés rassemblés place Sintagma jeudi 29 mai, deux peuvent cependant faire figure de compensations pour la partie grecque (il y en a en fait d’autres, mais j’ai délibérément effectué cette sélection très subjective) ; elles permettent aussi une meilleure compréhension de l’affaire à un niveau européen. Tout d’abord, le conseiller exécutif choisi par la partie allemande devra répondre au critère linguistique suivant: savoir parfaitement communiquer en langue grecque. Ce point doit nous interroger, et peut-être nous faire espérer que les conseils d’administration de la société se dérouleront en grec, et non dans un anglais international de business. Il risque cependant de limiter les candidatures, à moins qu’il ne favorise au contraire le développement de l’enseignement du grec dans les milieux d’affaires – ce serait une bonne nouvelle ! Par ailleurs, le contrat oblige Deutsche Telekom à “ne pas développer d’activités concurrentielles contre l’OTE en Albanie, en Bulgarie, en Roumanie et en Serbie, de même qu’en République de Macédoine où elle est déjà présente”. Voici donc représentées les zones d’influence économique de la Grèce, qui, au-delà des frontières de l’Europe, et, on le note aussi, au-delà des conflits diplomatiques, doivent rester une chasse gardée hellène. De fait, comme le constate amèrement le secrétaire général du PASOK “si l’OTE, jusqu’à maintenant, achetait des sociétés de communications dans les Balkans, elle se fait aujourd’hui elle-même acheter”.

Certes, mais les dirigeants grecs ne semblent pas encore décidés à lâcher le juteux marché balkanique, déjà très rentable pour l’exportation de produits alimentaires : Ta Nea consacrait dernièrement un article sur les exportations de charcuterie grecque vers les Balkans, en particulier vers la Roumanie et Bulgarie, qui stimulent fortement les producteurs et commerciaux grecs.

Téléphone allemand contre jambon grec: un point partout.

06

05

2008

Un south stream souffle sur l’Egée

Même si cet événement ne fait pas la une des journaux ces derniers jours (la fête de Pâques orthodoxe et l’augmentation du coût de la vie lui ont volé la vedette), il suscite un enthousiasme certain chez les journalistes et éditorialistes grecs. Il s’agit de la signature d’un accord entre la Grèce et la Russie pour l’étude, la construction et l’exploitation d’un gazoduc, nommé South Stream. Les signatures ont été apposées à la dernière minute à Moscou, lors de la visite officielle fin avril du premier ministre grec à Vladimir Poutine. Le journal Kathimerini nous apprenait lundi 28 avril que ce gazoduc permettra de transporter du gaz en provenance de Russie qui traversera la Bulgarie et la Grèce pour aboutir en Italie. Dans l’édition du 29 avril de Ta Nea l’itinéraire de la précieuse matière première énergétique nous est dévoilé: du port russe Novorosisk, le 'tube' plongera sous la mer Noire pour arriver en Bulgarie où le parcours se scindera en deux branches: l’une vers l’Autriche et la Hongrie, et l’autre vers la Grèce et l’Italie. Pour la construction et l’exploitation du gazoduc, une société sera créée, installée probablement en Grèce, et constituée pour moitié par la compagnie russe Gazprom et par la compagnie grecque DESFA (Eleftheros Typos du 29/04/08).

Les journalistes voient dans cette affaire trois raisons de se réjouir: mer Ce projet de gazoduc met d’abord la Grèce dans “une position privilégiée au sein du réseau d’approvisionnement en matières premières énergétiques en Europe à une époque où le contrôle et le transport d’énergies constituent un facteur de développement incontestable”, peut-on lire dans Ethnos. Même si, concède le même article, “cet événement en soi ne résoud pas tout le problème de l’énergie”. D’où un appel à ce qu’une politique élaborée voie le jour dans ce domaine. Le fait que la Grèce percevra, comme les autres pays traversés par le gazoduc, une “taxe de passage”, est également envisagé dans tous les journaux comme une source de profit intéressante. Un article paru dans Kathimerini souligne aussi que ce gazoduc permettra à la Grèce de diversifier ses sources d’énergie et de penser à une alternative au pétrole.

Cet événement confirme par ailleurs l’amitié entre la Grèce et la Russie, ce dont tous les journalistes se réjouissent. Kathimerini indiquait le 26 avril, au début de cette visite officielle, que la signature de cet accord s’est faite au cours de la sixième rencontre en quatre ans entre le premier ministre grec et le président russe qui va bientôt quitter ses fonctions. C’est d’ailleurs le prochain changement au pouvoir de la Russie qui aurait incité à cette rencontre: Kostas Karamanlis faisait partie de la liste de dirigeants que Vladimir Poutine voulait recevoir avant son départ de la présidence. Il voulait, selon les mots rapportés dans To Vima “remercier Monsieur Karamanlis pour leur collaboration depuis quatre ans et s’assurer personnellement que celle-ci continuera avec son héritier (Dimitri Medvedef) qui a reçu pour mission de poursuivre sa politique”. Ce dernier a d’ailleurs assisté à quelques entretiens entre la délégation grecque et les autorités russes, de même que plusieurs hautes personnalités du gouvernement grec. Une sorte de pot de départ et de bienvenue en même temps... Toujours d’après To Vima, Kostas Karamanlis aurait assuré dans ses discours que “l’alliance stratégique construite avec monsieur Poutine est la plus forte de toutes celles que la Grèce a établies en Europe ou outre-Atlantique”. Comme en écho à ces paroles, un billet de Yannis Politis publié dans Ta Nea le 30 avril souligne que “l’ouverture d’Athènes en direction du Kremlin est un mouvement stratégique d’importance et qui ne peut apporter que du bien au pays”. De fait, les discussions entre grecs et russes ont aussi porté sur des sujets de politique internationale comme la situation à Chypre ou les problèmes avec la FYROM. Tout dans cette visite officielle a donc été fait pour mettre en valeur le statut d’alliés réciproques des deux pays.

En fait, il n’échappe à personne que ces liens si vigoureusement réaffirmés avec la Russie sont du même coup un grand pied de nez aux Etats-Unis. Tous les journaux rapportent l’agacement de Washington face à l’annonce de la concrétisation de ce projet de gazoduc qui intervient quelques semaines seulement après le sommet de l’ONU à Bucarest au cours duquel les initiatives américaines ont été empêchées, entre autres par les positions grecques. Selon Ta Nea dans son édition du 30 avril, les Etats-Unis ont à plusieurs reprises “exigé” que la Grèce s’échappe de la “zone d’influence énergétique russe”. To Vima rappelle en effet que quatre gazoducs ou oléoducs sont prévus pour apporter de l’énergie en provenance d’Asie centrale vers l’Europe. Le premier, nommé TGI, approvisionnera la Grèce et l'Italie en gaz d'Azerbaïdjan, voire d'Irak. Il ne contiendra pas de gaz russe car les pressions américaines ont réussi à exclure cette option. Un autre, le Nabucco, conçu par les pays d’Europe de l’Ouest et les Américains, traversera la Bulgarie pour aboutir en Europe centrale, mettant hors-jeu la Russie et la Grèce. Le projet South Stream se veut donc une réponse à Nabucco.

Mais tout le monde ne participe pas si joyeusement à l'enthousiasme relevé dans les journaux pré-cités. Dans l'édition du 4 mai de To Vima, Vassilis Chiotis appelle à la méfiance. Selon lui, le discours de M. Poutine était loin d'être chaleureux. Il a compris que si la Grèce se tourne vers la Russie, c'est forcée par les événements: "Si elle voulait des montres, elle serait allée en Suisse, si elle voulait des cravates, elle serait allée en Italie, si elle voulait des culottes... elle serait allée en Chine" aurait affirmé le chef de l'état russe, dans son style décidément inimitable... Ce que craint Vassilis Chiotis est que la Grèce soit complètement dépendante des prix imposés par Moscou, puisque rien dans le traité signé n'a été prévu pour que la Grèce profite de prix avantageux sur le gaz importé. D'après lui, "M. Karamanlis a accepté ce traité car M. Poutine l'a exigé, avant son départ du Kremlin, mais aussi pour exprimer son mécontentement devant la politique des Etats-Unis dans les Balkans". L'autre problème que cet article soulève, c'est la position italienne dans le dossier Southstream. Une fois élu, Silvio Berlusconi a fait savoir à la Russie qu'il préférait que le gaz arrive en Italie du Nord plutôt que dans le Sud. Cela implique que l'itinéraire du gazoduc soit dévié et, qu'au lieu de traverser la Grèce, il emprunte des chemins plus septentrionaux: Serbie, Hongrie, Autriche. Pour finir, le journaliste parle d'un "marchandage" et de projets encore "très théoriques qui vont mettre des années à devenir réalité".

Poséidon et Hadès, dans leurs demeures souterraines, peuvent donc encore dormir tranquilles un moment ...

24

04

2008

Le mauvais élève de la classe de Kyoto

Beaucoup de métaphores éducatives et scolaires cette semaine dans les journaux grecs pour évoquer le refus signifié par l’ONU d’accepter que la Grèce puisse intégrer les structures afférentes au protocole de Kyoto: “Ils nous ont virés de Kyoto !” selon Ta Nea du 22 avril ; “Une gifle retentissante” dans Eleftherotypia, le lendemain; “ministère grec de l’environnement, aménagement du territoire et travaux publics : au piquet !” dans Kathimerini… Que s’est-il donc passé pour que l’élève Hellade mérite une telle punition? grue_Thessalonique Le coup est parti d’un comité de l’ONU chargé de l'application de la convention-cadre du protocole de Kyoto, et qui a enquêté sur la qualité des instruments de mesure et de répartition des émissions de gaz des industries des pays concernés. Or, réuni à Bonn il y a quelques jours, il a refusé le plan national de répartition de la pollution atmosphérique déposé par la Grèce, argant du fait qu’il était “insuffisant”. “Incapacité de la Grèce à mesurer et effectuer le suivi des émissions de gaz à effet de serre”: le journal Kathimerini rapporte froidement l'accusation. Conséquemment, le pays est exclu des mécanismes impliqués par le protocole de Kyoto sur l’environnement. La Grèce doit donc revoir sa copie, et est sommée de le faire avant trois mois…

Cette exclusion est lourde de signification. D’abord parce qu’elle s’est accompagnée d’un commentaire, rapporté dans plusieurs journaux, émanant du directeur de l’agence grecque de WWF: “La Grèce est malheureusement le seul pays au monde reconnu pour ne pas inventorier ses émissions de gaz.” Le pays s’en trouve décrédibilisé au niveau mondial, et le président du parti de gauche Synaspismos, Alekos Alavanos, insiste douloureusement sur la plaie: “La Grèce est le premier pays – c’est-à-dire qu’aucun autre pays ne pourra lui voler la vedette, tous ceux qui suivront seront deuxième ou troisième – qui est accusé par la communauté internationale de manquer de structures suffisantes pour appliquer le protocole de Kyoto”, souligne-t-il dans les colonnes d’Eleftherotypia. Il fait ici référence à la conséquence immédiate de cette décision onusienne: l’Union européenne a en effet ouvert une procédure judiciaire pour “violation de la législation communautaire sur le commerce des déchets” nous apprend le même journal le 23 avril. Car, pour Kyoto, l’Europe est un tout dont les membres doivent respecter les accords en vue de la réalisation de buts communs. Les “mécanismes” dont vient de se voir exclue la Grèce sont envisagés de façon communautaire en Europe, avec en particulier une répartition des efforts à consentir en matière de réduction de gaz à effet de serre. Or, la négligence grecque “noirçit l’image de l’Union européenne qui veut apparaître comme pionnière dans ce domaine sur la scène internationale” et empêche le bon fonctionnement des permis d’émission (des droits à émettre des gaz et qui peuvent s’acheter ou se vendre entre pays industrialisés, en l’occurrence européens, en fonction des objectifs communs de réduction des gaz).

L’affaire va même plus loin et remet en question toute la manière dont l’état grec et ses institutions appréhendent les problèmes d’environnement. Les experts européens ont été surpris de constater qu’il n’existe pas de “ministère de l’environnement” à part entière en Grèce; il s’agit en effet d’un “ministère de l’environnement, aménagement du territoire et travaux publics”. Toute la gauche grecque s’indigne à présent elle aussi de ce fait: les Verts et le PASOK ont demandé qu’un ministère idoine soit créé, à l’instar des 18 pays européens qui sont pourvus d’une telle institution (voir Eleftehros Typos). Dans Eleftherotypia, Kostas Moschona s’insurge de lire dans un même intitulé ‘environnement’ et ‘travaux publics’, termes selon lui antithétiques. Il rappelle aussi que, outre cette singularité institutionnelle grecque, l’actuel ministre grec en charge de ces dossiers, ainsi que son prédécesseur, n’a jamais assisté à un conseil des ministres de l’environnement à Bruxelles “pour avoir une idée de ce qui se fait et se prépare en Europe”.

Le ministre, justement, est en ligne de mire. Alexis Papachela, dans une chronique polémique publiée dans ''Kathimerini'', rappelle que Yorgos Souflias, au profil discret et travailleur, a été souvent mis en avant par son Premier ministre comme un bon élève appelé à la rescousse lors des moments difficiles qu'a pu traverser le gouvernement. Aujourd’hui, le journaliste estime que les critiques qu’il reçoit sont amplement méritées car l’affaire concerne “la protection de l’intérêt commun” et qu’elle fait passer la Grèce pour “un pays du Tiers-Monde (…) qui non seulement n’a pas de ministre, mais n’a pas de politique environnementale.” “Comme beaucoup de ses collègues, Yorgos Souflias en est resté aux années 60 et continue d’envisager les dossiers d’environnement comme un mal nécessaire (…) et non comme la plus grande menace contemporaine”.

À qui la faute ? est la dernière question que l’on se pose dans les journaux. Si la gauche, et entre autres le PASOK, profite de l’occasion pour accuser le gouvernement d’incompétence, le ministère inculpé, lui, rejette la faute sur les gouvernements socialistes précédents et sur l’Observatoire national chargé de la rédaction des rapports sur les émissions de gaz, comme on peut le lire dans Ta Nea du 22 avril. En attendant, tout le monde exige une révision rapide du dossier. Y aura-t-il un rattrapage possible pour la Grèce? Tout le monde le souhaite, bien sûr.

17

04

2008

Quelles minorités sur le sol grec ?

Décidément, les Grecs ont des problèmes quand il s’agit de donner un nom à leurs voisins ou à ceux qui, tout en habitant sur leur sol, ne parlent pas leur langue et revendiquent une identité nationale autre. À l’époque antique, on avait un moyen simple et direct pour désigner cette population: il s’agissait des “barbares”, ceux qui ne parlent pas le grec. Evidemment, avec l’évolution sémantique du mot, cette appellation n’est plus tellement consensuelle.

Il n’en reste pas moins que vivent en Grèce des catégories de citoyens qui revendiquent leur appartenance à une “minorité”. Il se trouve que plusieurs journaux ont, à la faveur de l’actualité, jeté un coup de projecteur sur eux. motif décoratif La question est soulevée par une réunion organisée par l’Alliance libre européenne (qui se définit comme un "Parti politique européen rassemblant des partis de nature nationale, régionale et autonomiste de l'Union européenne"). Elle a lieu jeudi 17 avril à Bruxelles, au Conseil de l’Europe, sous le titre: “Minorités nationales inexistantes en Grèce: les Turcs de Thrace occidentale et les Macédoniens”. L’initiative de cette discussion viendrait de l’organisation “Arc-en-ciel” composée de Slavo-macédoniens et dont le siège se situe à Florina (ville de Grèce du Nord, très proche de la frontière avec la FYROM). D’après l’article d’''Eleftherotypia'', cette organisation n’en serait pas à son coup d’essai et s’est déjà adressée à plusieurs reprises au Conseil de l’Europe. Cependant, cette fois, ils ont le soutien des Verts, de Daniel Cohn-Bendit et de députés européens issus de partis minoritaires. Il faut surtout souligner que cette association coopère pour l’occasion avec le groupe “Turcs de Thrace occidentale en Europe” constitué pour l’essentiel de citoyens turcs immigrés en Allemagne.

La discussion doit porter sur “les discriminations importantes pratiquées par le gouvernement grec à l’encontre des minorités turques et macédoniennes”, d’après le communiqué de presse du groupe organisateur. En fait, tout le problème vient du nom qu’on donne aux choses et, en l’occurrence, aux gens. Comme le rappelle Maria Karaoulis dans les pages de Makedonia, le gouvernement grec refuse aussi bien l’adjectif “turc” que l’adjectif “macédonien”. Le second parce qu’il provient du nom que la république voisine s’est donné sans qu’il soit encore accepté par la Grèce. Le premier parce que depuis les accords de Lausanne (1923) et les échanges de population, la Grèce reconnaît la présence sur son sol d’une communauté musulmane, en particulier en Thrace, région proche de la Turquie, mais non d’une “minorité turque” qui revendiquerait dès lors des liens avec la mère-patrie. Dans la mesure où elles ne sont pas nommées comme elles le souhaiteraient, ces populations se sentent ‘inexistantes’: “En refusant d’accepter l’identité d’une minorité turque, la Grèce empêche le fonctionnement d’organisations qui se définissent par l’adjectif ‘turc/turque’”. Les Slavo-macédoniens pour leur part évoquent le refus signifié à plusieurs reprises par les tribunaux grecs d’autoriser la création d’une association culturelle appelée “Le toit de la culture macédonienne”.

A ces arguments, les journalistes répondent eux aussi par des adjectifs: “un titre de conférence ironique”, “un communiqué de presse provocant”, “une alliance immorale”. Les mots pour en parler sont forts, mais les contre-arguments avancés peu nombreux. De toutes façons, personne ne veut croire à l’impact de cette manifestation. Selon Eleftherotypia, “la plupart des musulmans de Thrace n’ont aucun lien avec les Slavo-macédoniens” et la direction en Grèce de l’organisation turque en question ne se sent pas concernée par cette affaire. Signalons que les relations de la Grèce avec le parti Alliance libre européenne sont extrêmement tendus: pour preuve ce billet publié sur le site de l'ALE qui reprend les termes du communiqué de presse cité et condamne violemment le refus exprimé par Costas Karamanlis d'accepter que la FYROM fasse acte de candidature pour intégrer l'OTAN.

Dans un autre registre, une autre minorité est mise à l’honneur cette semaine dans la presse grecque, et sans ironie cette fois. Le journal Makedonia présente à ses lecteurs une jeune fille de 19 ans issue de la communauté rom, qui fréquente l’université et envisage de devenir enseignante. Une exception, souligne le journaliste, qui mérite d’être encouragée. Gogo Kalpazidou retient de son parcours “l’exceptionnel soutien de (s)es parents, qui ne (l)’ont pas forcée à me marier comme c’est la tradition dans les familles tsiganes”, “le soutien aussi de (s)es enseignants de l’école de Dentropotamou” de la banlieue de Thessalonique. C’est d’ailleurs là que la jeune fille veut revenir “en tant qu’enseignante cette fois” pour aider les enfants roms qui, d’après les enseignants de l’école, connaissent “des conditions de scolarisation dignes du tiers-monde”: ils dénoncent des bâtiments mal isolés et qui menacent de tomber, ou encore des problèmes de trafic de drogue contre lesquels l’action de la police est insuffisante. L’article signale à ce propos la tenue jeudi 17 avril d’un congrès de deux jours consacrés à la place des roms dans la société grecque, et qui se tiendra dans une ville de Macédoine. La réflexion doit mener à ce que le cas de Gogo ne soit pas une exception mais devienne la règle pour tous les enfants tsiganes vivant sur le sol grec. L’intention vient de l’organisation non gouvernementale “Eco-Société” et est en soi louable; je retiens toutefois de la conclusion de l’article une grande volonté de faire en sorte que la langue rom - le romanês- , perde son caractère uniquement oral, considéré comme facteur de fragilité pour cette culture, et puisse être écrite, en l’occurrence, en caractères grecs. Je laisse ce projet à votre méditation. Personnellement, il m’interroge surtout sur ce que “variété linguistique” veut dire…

12

04

2008

La Grèce et la Chine: une relation… sportive

Rappelons pour commencer les propres mots du ministre de la culture grec, Monsieur Liapis, lors de la cérémonie d’allumage de la flamme olympique, fin mars : “Nos relations avec la Chine sont au beau fixe dans tous les domaines !” Une phrase anodine, lisse, à l’image de cette cérémonie diplomatique. Or, à la lecture des une des journaux grecs de cette semaine, cette exclamation prend une connotation tragi-comique.

Une entreprise chinoise est en effet au centre d’un scandale de dopage qui salit l’équipe nationale d'haltérophilie. Comme pour les JO, on voit donc liés ensemble pour une même cause sport et commerce. A la une du journal Eleftherotypia du 09 avril, deux idéogrammes chinois rappellent au lecteur que l’extrême-orient est à la mode en ce moment. Le journal Ta Nea indiquait, le 09 avril également, l’existence d’un axe Shangaï – Larissa (ville de Thessalie, en Grèce) – Athènes. C’est dire à quel point sont serrés les liens entre le pays qui a vu naître les JO et celui qui les accueille cet été ! A cela près que cet axe ressemble plutôt à une route des anabolisants. Le point de départ en est l’entreprise Auspure Biotechnology, basée à Shangaï. Depuis le mois de janvier, l’entreprise fournissait en vitamines B-13 un propriétaire de salle de gymnastique installé à Larissa qui lui-même les transmettait à l’ex-entraîneur de la fédération d'haltérophilie, Christos Iakovou. Les Chinois avaient ajouté à leur colis un peu d’acides aminés “pour les besoins de vos athlètes”. Une sympathique attention qui semble s’être transformée, depuis le mois de février, en livraison de produits illicites. Une fois le pot-aux-roses découvert, l’entreprise chinoise a plaidé l’ “erreur” qu’aurait commise une de ses nouvelles employées inexpérimentée: cette personne responsable des envois de produits aurait fait livrer des produits destinés à des expérience scientifiques, et non à la consommation (voir ''Eleftherotypia''). Une erreur qualifiée de “criminelle” par l’ex-entraîneur grec, et qui le disculperait de toute responsabilité (voir ''Ta Nea'').

Bien sûr, personne n’est dupe. Tous les journaux condamnent la fausse surprise dont ont fait preuve les officiels devant la nouvelle: “Une nouvelle choquante ! L’équipe d'haltérophilie, dopée ! On eût dit qu’on n’avait jamais entendu parler de dopage, ni de compétition, ni de performances surhumaines, ni de la façon dont s’obtiennent les brillantes médailles”, s’insurge Nikos Tzianidis dans Ta Nea (voir billet). “Dès qu’un scandale de dopage éclate, on joue les ignorants”, confirme un autre journaliste dans Aggelioforos (voir article). En fait, la Grèce est, comme d’autres pays, touchée par le dopage. Mais d’après un article paru le 23 mars dernier dans Makedonia (voir article), les pays balkaniques seraient particulièrement touchés par le phé