En cette période estivale, revenons à l'un des aspects majeurs de la Grèce contemporaine: le tourisme. On ne sait plus ces derniers jours si les touristes doivent craindre la Grèce ou la Grèce ses touristes. Le pays a développé une industrie de tourisme de masse, dont elle retire un bénéfice économique certain – ce secteur d’activités est une source essentielle de revenus nationaux qui emploie près de 10% de la population active en été. Pour cette réussite, des villages de vacances et des hôtels se sont construits sur les bords de mer, défigurant pour longtemps les côtes et transformant de charmantes zones rurales en bruyants complexes hôteliers l’été et en villages fantômes l’hiver. Mais d’autres conséquences se font jour.

Destination prisée des jeunes touristes britanniques, la Crète est l’objet de plusieurs articles cette semaines, qui rapportent la teneur des nuits crétoises, en particulier dans deux îlots du tourisme, la Chersonnèse et Malia: “Un Hollandais a plongé hier du balcon de sa chambre d’hôtel, un couple de touristes a été arrêté alors qu’il se livrait à des étreintes érotiques devant un poste de police en Chersonnèse, de jeunes Britanniques ont blessé une femme à Malia en lui jetant une bouteille, une Britannique est tombée de son scooter en se blessant gravement, pendant que des gangs de jeunes gens ivres ont réveillé les habitants par leurs cris, tout en déambulant nus; ils ont semé la pagaille et ravagé leurs chambres d’hôtel…” Ces scènes d’orgies décrites dans le journal crétois Nea Kriti semblent être le quotidien estival de ces deux villages touristiques, dépassés par l’afflux de groupes de jeunes européens. Ces touristes sont conduits ici par des agences de voyages très ciblées qui promettent “des vacances-loisirs sans limites” à leurs clients, pour moins de 200 livres-sterling la semaine. Vraisemblablement choquée par la répétition de scènes similaires, la rédaction du magazine Patris, qui paraît aussi en Crète, a mené l’enquête dans le monde de la nuit crétoise, et le rapport est affolant: “A une heure moins vingt du matin, sur la route principale de Malia, cinq bus de tourisme s’arrêtent. En descendent plus de 250 jeunes Britanniques, filles et garçons, âgés de 17 à 22 ans au plus. Ils sont sous l’emprise de l’acool, chantent et sont surexcités. Sous la conduite d’un étranger de 25 ans ils sont conduits sur le boulevard de … la débauche où ils vont s’amuser dans certains bars déterminés à l’avance.” Si l’on met de côté le vocabulaire moralisant employé par les auteurs de cet article, on comprend qu’il met l’accent sur un point essentiel du fonctionnement de ces vacances “mer, alcool, sexe”: une organisation qui prend en charge les estivants en leur fournissant non seulement un hébergement, mais surtout des fêtes non autorisées où on sert un alcool vraisemblablement frelaté, puis les guide après minuit “comme des troupeaux”, dans des bars avec lesquels ils ont passé des accords. Là encore, l’alcool coule à flot, mêlé à d’autres substances. Les cocktails vigoureux (surnommés ‘bombes’) servis à un euro dans ces lieux, sont mis en cause dans la série d’incidents qui ont jalonné jusqu’à présent la saison touristique. Mais ça ne peut être la seule explication. Dans le magazine Patris, les questions sont légion: “Qui sont les fautifs et qui sont les victimes, qui sont les instigateurs de cette situation déplorable ? Qui tire les fils et profite de ces touristes – des lycéens !- qui se transforment en monstres ?” A vrai dire, quelques réponses sont apportées, un peu douteuses : “Au premier plan, des Albanais et des Bulgares, dans le rôle de barmen, de videurs et d’hommes de main; en coulisse, des Russes caucasiens qui infiltrent les places et qui, selon le témoignage de propriétaires d’établissements classiques et sans histoire, prennent un pourcentage sur les revenus des autres.” Aucun Grec dans ces affaires sordides? Qui pourtant a souhaité et développé une telle forme de tourisme qui rapporte aussi gros ? Car si quelques gérants de bars et de boîtes bien établis demandent qu’on expulse de la région les Britanniques de ce genre, la majorité des commerçants n’a plus que ses yeux pour pleurer: “Si eux aussi s’en vont, nous sommes morts. On sera obligé de retourner travailler dans des hôtels mieux cotés.” La situation est peut-être symptomatique d’un tourisme grec en déclin. Les limites du tourisme de masse sont-elles en train d’apparaître ?
En tout cas, la rumeur des nuits chaudes de l’île a atteint l’étranger, car le Daily Mirror, le Guardian et même le Times se sont fait l’écho de ces événements estivaux considérant les lieux de tourisme grecs comme les plus dangereux d’Europe. Un rapport du Foreign Office fait état de 230 arrestations de sujets britanniques en 2006-7 en Grèce, 603 hospitalisations suite à une consommation excessive d'alcool et 28 viols de jeunes Britanniques... (voir Kathimerini)
Malheureusement, la tragédie de Mykonos renforce cette mauvaise impression. Un Australien de 20 ans a été tabassé à mort fin juillet sur l’île la plus prisée des Cyclades pour être, semble-t-il, sorti d’un bar en compagnie d’une jeune fille qui jouait le rôle de “raccoleuse” pour l’établissement. L’auteur des coups de matraque dont est mort le jeune homme est un videur de boîtes de nuit déjà connu par les services de police pour des faits similaires à Athènes, rapporte To Vima. L’affaire soulève l’émotion, bien sûr, et plusieurs problèmes: d’abord le manque de centres de soin adaptés sur une île aussi peuplée en été qu’est Mykonos. Le père de la jeune victime pense que s’il y avait eu des services de santé mieux organisés à Mykonos, son fils ne serait peut-être pas décédé (voir article dans Ta Nea). Par ailleurs, le journal Ta Nea prend cette affaire pour point de départ d’une enquête effarante sur les conditions de recrutement des videurs de bars et de boîtes en Grèce. Généralement repérés dans des gymnases et des écoles d’arts martiaux, ils se divisent en trois catégories: ceux qui contrôlent les entrées, ceux qui interviennent lors de bagarres dans l’établissement pour ramener le calme (et expulser les trouble-fêtes), et ceux qui sont, littéralement, des hommes de main des patrons de boîtes, et à ce titre doivent tout faire pour leur protection et le développement de leurs affaires… Au menu de leurs missions: “extorsion d’argent, vente de drogue, tentatives d’intimidation, incendies d’établissements ou de voitures”. L’un de ces ‘employés’ interrogés par le journaliste conclut: “Un homme qui se débrouille bien peut facilement devenir un ‘parrain’ et ensuite il termine mort”. Les réglements de compte entre ‘parrains’ seraient en hausse en Grèce ces deux dernières années.
Les affaires de Crète et de Mykonos sont déconnectées. Mais on ne peut s’empêcher d’y voir simultanément comment fonctionne l’industrie du divertissement et à quel prix il est devenu un secteur économique de poids en Grèce.
Déjà début juillet, les journaux grecs s’intéressaient particulièrement à l’arrestation en Turquie de 21 personnes soupçonnées d’être activement liées à l’organisation Ergenekon. Cette organisation, accusée de préparer un coup d’état et des assassinats politiques pour déstabiliser le pays (voir
Les répercussions sur la Grèce furent d’ordre politico-diplomatique, comme toujours dans un pays où la religion est d’Etat et ses relations avec le pouvoir tout à fait claires et assumées. L’archiépiscope de Chypre a pris ouvertement le parti de Moscou en déclarant: “L’Eglise d’Ukraine dépend de l’Eglise de Moscou; elle doit respecter la mère de l’Eglise” (

D’abord à cause de la canicule qui sévit ces derniers jours. La température extérieure à Athènes dépasse actuellement les 40°C, et atteint 38°C à Thessalonique. Les jours prochains verront une légère baisse de la température (38°C et 34°C dans les villes en question), en partie grâce au bienvenu vent meltème (
Un projet de loi, discuté le 24 juin dernier lors d’un comité ministériel, prévoit différents types d’incitations et d’interdictions pour limiter la consommation de cigarettes de la population. Ce projet de loi devrait prendre effet au 1er janvier 2010 et porte en lui un ensemble assez drastique de mesures. C’est en tout cas l’adjectif utilisé dans Ta Nea (
Penny Bouloutza, auteur de l’article déjà cité dans Kathimerini, salue l’initiative gouvernementale puisque, écrit-elle, “la Grèce fait partie des rares pays qui n’ont pas encore mis en place l’interdiction globale de fumer dans les lieux publics malgré les conséquences positives sur la santé des citoyens que cela provoquerait, et qui sont maintenant bien démontrées.” Il est vrai qu’un paquet de cigarettes en Grèce coûte deux fois moins cher qu’en France et qu’il est possible d’en acheter à peu près partout, et à toute heure. Il est surtout possible d’en fumer partout et à toute heure, si bien qu’être non-fumeur est un défi à l’ensemble de la société ou presque !

Ce projet de gazoduc met d’abord la Grèce dans “une position privilégiée au sein du réseau d’approvisionnement en matières premières énergétiques en Europe à une époque où le contrôle et le transport d’énergies constituent un facteur de développement incontestable”, peut-on lire dans
Le coup est parti d’un comité de l’ONU chargé de l'application de la convention-cadre du protocole de Kyoto, et qui a enquêté sur la qualité des instruments de mesure et de répartition des émissions de gaz des industries des pays concernés. Or, réuni à Bonn il y a quelques jours, il a refusé le plan national de répartition de la pollution atmosphérique déposé par la Grèce, argant du fait qu’il était “insuffisant”. “Incapacité de la Grèce à mesurer et effectuer le suivi des émissions de gaz à effet de serre”: le journal Kathimerini rapporte froidement l'accusation. Conséquemment, le pays est exclu des mécanismes impliqués par le protocole de Kyoto sur l’environnement. La Grèce doit donc revoir sa copie, et est sommée de le faire avant trois mois…
La question est soulevée par une réunion organisée par l’